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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Trois souvenirs de ma jeunesse

(Français – 2015 – 2 h)

Réalisation : Desplechin Nicolas - Scénario : Arnaud Desplechin et Julie Peyr – Montage : Laurence Briaud – Costumes : Nathalie Raoul – Directeur de la photographie : Irina Lubtchansky – Décors : Toma Baqueni – Musique : Grégoire Hetzel – Ingénieur du son : Nicolas Cantin, Sylvain Malbrant, Stephane Thiebaut – Production : Oury Milshtein - Distribution France : Le Pacte
Interprétation : Quentin Dolmaire (Paul jeune) – Lou Roy-Lecollinet (Esther) – Mathieu Almaric (Paul adulte) – Dinara Droukarova (Irina)
Auteur :

Après avoir débuté comme directeur de la photo sur quelques courts métrages, Arnaud Desplechin réalise en 1991 un moyen métrage, Vie des morts, qui et présenté à la Semaine de la critique à Cannes et remporte le prix Jean-Vigo. Avec son premier long métrage, La Sentinelle, Desplechin s’affirme comme chef de film d’une nouvelle génération de réalisateurs qui ont pour maîtres Bergman ou Truffaut. Ses principales réalisations : Comment je me suis disputé … ma vie sexuelle (1996), Esther Kahn (2000), « Léo en jouant dans la compagnie des hommes » (2003), « Rois et reines » (2004), lauréat du prix Louis-Delluc. « Un conte de Noël », présenté à Cannes en 2008, « Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des plaines) », d’après l’œuvre de l’ethnopsychiatre Georges Devereux, présenté à Cannes en 2013.

Résumé :

Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il est arrêté à la frontière car il existe un autre Paul Dédalus. L’occasion pour lui de se souvenir de son enfance à Roubaix, de la folie de sa mère, de son père veuf inconsolable, du lien qui l’unissait à son frère Ivan, de ses seize ans, et surtout d’Esther, le grand amour de sa vie.

Analyse :



La vie, la jeunesse et l’amour sont évoqués avec ferveur dans ce grand film romanesque sur la mémoire et les sentiments, qui a été encensé à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et dont la structure narrative évolue avec beaucoup d’élégance entre le passé et le présent, l’euphorie et la mélancolie. Le réalisateur a déjà, comme on sait, derrière lui une filmographie passionnante. Selon le modèle de ses maîtres Bergmann ou Truffaut, Desplechin retrouve la saveur de sa jeunesse en revisitant ses films précédents à la faveur d’un événement déclenchant : le retour en France, après un séjour prolongé à l’étranger, de l’anthropologue Paul Dédalus interprété par le double du cinéaste à l’écran, Mathieu Amalric. Arrivé à la douane, Paul est interpellé par la police puis interrogé par un fonctionnaire. Il doit alors expliquer l'existence d'un parfait homonyme, qui aurait effectué un séjour en URSS à la fin des années 1980. Paul revient alors sur cette époque et se retrouve confronté à ses souvenirs. *Clin d’œil à La vie des morts, le premier de ces souvenirs est une plongée dans l’enfance et dans ses relations familiales au contact de son jeune frère et surtout d’une mère folle qui terrorise son fils. *Il y a ensuite, référence à La sentinelle, un échange d’identité lors d’une rocambolesque mission secrète, à l’époque de sa jeunesse adolescente, en voyage scolaire en URSS. C’est l’expérience fondatrice d’un secret, dont découlera la découverte de l’existence d’un double, à moins que le double ne soit Paul lui-même.* Enfin le souvenir le plus long du film, évoque Comment je me suis disputé…ma vie sexuelle et concerne l’histoire d’amour entre Paul et Esther, la première femme de sa vie, leur relation tumultueuse et passionnelle à Roubaix, ville natale de l’auteur, puis à distance, propice à une belle relation épistolaire. Servi par le charme fou de ce couple amoureux dont on devrait reparler, - Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet -, Arnaud Desplechin remonte ainsi dans le temps et déroule proustiennement le fil de son enfance, de sa jeunesse et de sa rencontre avec Esther, qui va devenir son premier grand amour. Il signe l’une des réalisations les plus abouties de sa carrière qui condense et ré explore les thèmes et les personnages majeurs qui l’obsèdent, livrant une réflexion à la fois personnelle et résolument universelle sur ces moments fondateurs qui forgent la personnalité de chacun.

Jean-Michel Zucker