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Cinéma

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Tu dors Nicole

(Canada – 2014 -1h33)

Réalisation : Lafleur Stéphane - Scénario : Stéphane Lafleur – Montage : Sophie Leblond - Direction Photo : Sara Mishara – Son : Sylvain Bellemare, Pierre Bertrand – Compositeurs : Organ Mood, Remy Nadaud-Aubin – Compagnie de production : micro_scope - Distribution France : Les acacias
Interprétation : Julianne Côté (Nicole), Catherine Saint-Laurent (Véronique), Marc-André Grondin (Rémi), Francis La Haye (le batteur), Godefroy Reding avec la voix d’Alexis Lefèvre (Martin)
Auteur :

Né en 1976, Stéphane Lafleur est réalisateur québécois, également scénariste et monteur. Il est également le chanteur du groupe Avec pas d’casque. Après un court métrage, Karaoké, en 1999, il a notamment réalisé En terrains connus. Tu dors Nicole est son troisième long métrage.

Résumé :

C’est l’été québécois, dans la banlieue de Montréal, les parents de Nicole, jeune adulte d’une vingtaine d’années, lui laissent leur belle maison avec piscine. Elle s’apprête avec son amie Véronique à profiter du temps disponible, de la chaleur et des lieux quand débarque aussi son frère Rémi qui veut répéter avec son groupe.

Analyse :



Musique mise à part, avec son noir et blanc très soigné, ses bribes de dialogues et les déambulations sans but de l’héroïne, dans la chaleur, ou la nuit, ce film n’est pas sans rappeler l’atmosphère hors du temps de certaines scènes urbaines de la Nouvelle vague. Le temps s’y étire et la jeune Nicole, au charme rugueux, a parfois aussi l’impassibilité de Monica Vitti dans L’Avventura. Mais dans ce film inclassable, le contexte est bien différent et l’indépendance des femmes a conquis quelques galons. Nicole s’ennuie mais jouit de sa liberté, pour autant que les conditions économiques le lui permettent. Travaillant dans un magasin de récupération de vêtements genre Emmaüs, elle obtient sa première carte bleue. Qu’en faire quand on a la vie devant soi? « Rien, ailleurs », répond Nicole qui opte pour un voyage en Islande. Le réalisateur montre la difficulté de devenir adulte, encore vive même à la trentaine, si on en juge par le comportement de Remi et de ses musiciens. Pas de pathos, ni de désespoir mais une certaine mélancolie de la part du réalisateur, qui se prend moins au sérieux que ses collègues des années Soixante. Les nombreuses petites séquences, espacées toujours pour ralentir le temps par un écran noir, sont souvent surprenantes, décalées ou empreintes d’humour. Ainsi, l’installation sans discussion, envahissante et bruyante, du groupe de Rémi dans le salon familial. Ou le nettoyage – aperçu en pleine nuit, depuis la rue par l’héroïne insomniaque -- d’un lustre par un voisin maladroitement perché sur une table. Et surtout, cette voix grave et péremptoire, prêtée à Martin, petit blondinet qui mue et est assez sûr de lui pour poursuivre de son amour Nicole, son ex-baby-sitter. La musique tient une très grande place et participe à l’histoire à plusieurs niveaux : à côté des rythmes tonitruants du groupe avec guitares et batterie, pour lequel Marc-André Grondin a composé douze chansons, il y a celle, plus mélodique et classique, de l’univers de Nicole, qui ne dort pas.

Françoise Wilkowski-Dehove