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Cinéma

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Un beau soleil intérieur

(France, Belgique. 2017. 1h34mn)

Réalisation : Claire Denis - Scénario : Claire Denis et Christine Angot - Photo : Agnès Godard - Montage : Guy Lecorne - Son : Jean-Paul Muguel – Décors : Arnaud de Moléron – Distribution : Ad Vitam – Producteur : Olivier Delbosc
Interprétation : Juliette Binoche (Isabelle), Xavier Beauvois (Vincent), Philippe Katerine (Mathieu), Josiane Balasko (Maxime), Nicolas Duvauchelle (l’acteur), Bruno Podalydès (Fabrice), Alex Descas (Marc), Laurent Grevill (François), Gérard Depardieu (Denis).
Auteur :

Claire Denis est née en 1946, à Paris, mais a vécu son enfance et son adolescence en Afrique, où son père était administrateur des colonies françaises. Après des études de lettres et sciences économiques et l’IDHEC, elle est assistante réalisatrice de Jacques Rivette, notamment, et de Wim Wenders. Premier long métrage Chocolat (1988), suivi de six autres et de documentaires et courts métrages. Elle avait le projet d’adapter Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, mais s’en est seulement inspirée pour réaliser Un beau soleil intérieur.

 

Résumé :

Isabelle (Juliette Binoche), la cinquantaine, divorcée, cherche l’amour. Elle rencontre successivement plusieurs hommes, avec lesquels elle a de brèves liaisons : un banquier macho, un acteur bavard, un provincial mutique. C’est chaque fois l’échec, mais elle continue à chercher. Chaque homme a ses raisons pour ne pas s’engager. Isabelle finit par consulter un voyant.

Analyse :



Le scénario se déroule dans un milieu parisien bobo de 2017, suffisant et ridicule parfois, qui est décrit sans complaisance et où Isabelle évolue tout en gardant ses distances. Mais l’essentiel du film est ailleurs, plus profond et plus intemporel : il montre l’angoissante solitude d’une femme de cinquante ans. Ne pouvant se satisfaire de la vie qu’elle mène, elle cherche l’amour (le sexe ? la tendresse ? la vie ensemble ?) et ne le trouve pas, tant est difficile la communication avec les hommes. Quelques scènes sont particulièrement révélatrices de cette incompréhension mutuelle : le banquier qui, tout en disant à Isabelle qu’elle est « fascinante », n’envisage pas de quitter sa femme, l’acteur qui préfère « l’avant » et qui, ayant fait l’amour, voudrait un « avant après », le jeune provincial qui se sent humilié et qui ne le supporte pas, le conservateur de musée qui remet à plus tard une éventuelle liaison. Face à ces échecs, Isabelle tombe parfois dans une espèce de dépression, mais elle ne cesse pas pour autant de vivre intensément et de poursuivre sa chasse à l’homme. Le jeu de Juliette Binoche rend magnifiquement la diversité des états d’âme d’Isabelle : ses avances, ses déceptions, son désarroi, ses silences et parfois ses grands éclats de rire. Les autres acteurs sont eux aussi excellents, chacun accentuant son rôle pour mieux révéler le personnage. Le film se conclut par un long monologue de Gérard Depardieu, voyant extralucide qu’Isabelle, de guerre lasse si l’on peut dire, est venue consulter. La présence de l’acteur, son assise, son calme, la chaleur de sa voix suffisent, semble-t-il, à réconforter Isabelle. Mais le discours lui-même manque de clarté. Gérard Depardieu dit-il à Isabelle ce qu’elle a envie d’entendre ? Ou lui donne-t-il de véritables conseils ? On ne sait trop et peu importe. Le conseil final est lui-même ambigu : entretenez en vous, dit-il, « un beau soleil intérieur », mais restez « open ». Le film s’arrête là. Au spectateur d’imaginer la suite.

Jean Calais et Jacqueline Calais