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Cinéma

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Une jeunesse allemande

(France/Allemagne- 2015-1h33) (Documentaire –65ème Festival de Berlin –Panorama)

Réalisation : Périot Jean-Gabriel - Scénario : Jean-Gabriel Périot – Photo : Thierry Beaumel – Montage : JG Périot - Son : Etienne Curchod - Documentation : Emmanuelle Koenig - Distribution : UFO
Interprétation :
Auteur :

Documentariste, Jean-Gabriel Périot a beaucoup travaillé sur la violence : un film sur Auschwitz (Dies Irae), un autre sur les femmes tondues en France à la Libération (Eût-elle été criminelle), ou encore sur Hiroshima (Nduma no borei). Quand il se lance dans la réalisation d’Une jeunesse allemande, il se livre avec son équipe à un travail d’archéologue. Retrouver des archives oubliées, mais aussi les découvrir avec un regard nouveau.

Résumé :

C’est le récit de la progressive radicalisation de jeunes intellectuels d’extrême-gauche, nés dans les années 40, plus connus sous le nom réducteur de « Bande à Baader » : Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Horst Mahler, Holger Meins. De la jeunesse en rupture et qui s’active, à la jeunesse qui prend la parole…enfin à celle qui passe à l’acte brutal et désespéré.

Analyse :



« Je ne fais pas un cinéma militant mais politique. » Cette déclaration du réalisateur est très pertinente au regard de ce documentaire remarquable. Au début, on entend sur la bande-son la voix de Jean-Luc Godard, qui dit son scepticisme sur la capacité des Allemands à faire des films après l’horreur des camps d’extermination. Puis, un Français bien mis de sa personne discourt sur la jeunesse allemande d’après guerre. La suite du film va tenter de faire comprendre comment le mouvement de contestation estudiantine des années 60, en Allemagne, a débouché sur l’émergence d’un groupe armé, la Fraction de l’Armée Rouge (ou RAF). Alors que Baader est simplement entrevu dans les bandes d’actualités de la télévision allemande, le film nous fait découvrir Ulrike Meinhof, dans son évolution de journaliste au magazine Konkret à la théoricienne du mouvement révolutionnaire, et qui a opté pour la violence dans les années 1970. Elle l’explique très clairement dans une interview. Comme cette jeune femme apparaît convaincante ! le grand mérite du réalisateur est celui de nous révéler sa personnalité et sa complexité, alors que la propagande officielle s’est ingéniée à insister sur le côté fou et dangereux des « terroristes ». Au début du mouvement, les ultragauchistes expriment leur militantisme dans des actions artistiques et surtout cinématographiques. Le Cinéma au service de la Révolution : on pense bien sûr à Dziga Vertov (L’Homme à la caméra) et au cinéma soviétique des années 20. Non sans romantisme, en France, Godard va participer à un groupe du même nom (entre 68 et 72) pour entrer dans la lutte « anticapitaliste ». Qui connaît vraiment la production des films didactiques et simplistes de ces cinéastes engagés ? Le film montre des extraits de ceux que les étudiants de l’école de cinéma de Berlin ont tournés, simplistes et naïfs. Ce n’est pas le cinéma qui entraînera la Révolution ! La lutte anticapitaliste de la « jeunesse allemande » s’est ensuite radicalisée. Pourquoi ? La propagande officielle, l’action des médias, l’opinion publique peu politisée, l’extrême radicalité des idées mais surtout l’atmosphère ambiante de l’Allemagne qui voulait oublier les destructions de la guerre et les horreurs révélées du nazisme ont eu raison du mouvement pseudo-révolutionnaire. On reste toutefois un peu sur sa faim. Le réalisateur a déclaré de ne pas vouloir prendre parti. Toutes les parties en cause s’expriment, de Meinhof et Meins à Willy Brandt et Helmut Schmidt, en passant par les journalistes de Bild ou de Die Welt. Au spectateur de « savoir ce qu’il décide de penser ou pas sur l’histoire ». Des paroles et des actes, en somme !

Alain Le Goanvic