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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Une nouvelle amie

(France – 2014 – 1h 47)

Réalisation : Ozon François - Scénario : François Ozon (d’après l’œuvre de Ruth Rendell) – Image : Pascal Marti – Montage : Laure Gardette – Son : Guillaume Sciama – Musique : Philippe Rombi – Production : Mandarin Cinéma – Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Romain Duris – Anaïs Demoustier – Raphaël Personnaz , Isild Le Besco – Aurore Clément – Jean-Claude Bollet-Reddat
Auteur :

François Ozon, né en 1967, à Paris, d’une mère professeur et d’un père biologiste, a une maîtrise de cinéma. Son premier long métrage, Sitcom, en 1997, est un jeu de massacre insolent. Puis suivent Les amants criminels et Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. En 2001, Sous le sable lui apporte la notoriété. En 2002, 8 femmes, en 2003 Swimming pool, 5X2, Le temps qui reste, Angel en 2007. En 2008 Ricky, Refuge en 2009, Potiche en 2010. En 2012  Dans la maison.

Résumé :

A la suite du décès de sa meilleure amie, Claire fait une profonde dépression, mais une découverte surprenante au sujet du mari de son amie va lui redonner goût à la vie.

Analyse :



Le film s’ouvre sur l’enterrement d’une très jeune femme. Son mari, père de leur bébé est effondré. Sa meilleure amie peine à faire son deuil. A la fin du film, on les revoit quelques années plus tard heureux ensemble et attendant un nouvel enfant. Une histoire qui aurait pu être banale.

Avec Ozon, heureusement les choses ne sont jamais banales. Car les héros découvrent leur sexualité profonde et par chance s’accordent parfaitement. Elle est attirée par les femmes et lui justement se sent bien en femme. C’est le récit de cette rencontre qui constitue la trame du récit. Ozon ne cherche pas à réaliser un drame social et les héros ne connaissent aucune des contraintes qu’une telle évolution pourrait faire naître : les beaux-parents semblent accepter sans difficulté que leur gendre se travestisse et lui conserve la garde de son enfant. Ils ne connaissent aucun problème d’argent, vivent dans un quartier très résidentiel, ne redoutent pas le chômage et peuvent s’accorder sans difficulté des congés sabbatiques. Et cerise sur le gâteau, les héros ne connaissent pas la jalousie.

Le tout est traité sous forme de comédie qui parfois n’échappe pas aux réminiscences du film la « Cage aux folles ». Dans une interview Ozon ne cache pas son côté militant et déclare : J'ai écrit le scénario au moment où il y a eu plein de manifestations en France contre le mariage gay et l'égalité des droits. Elles m'ont choqué, frappé, blessé même, et je me suis dit qu'il fallait essayer avec ce film,…. de leur raconter une histoire qui leur montre la complexité des choses et qui essaye de dédramatiser. Alors j'ai choisi d'en faire quelque chose d'universel en utilisant les codes du conte de fée. Deux personnages qui vivent un drame puis qui se reconstruisent jusqu'à une forme de happy-end

Cet aspect militant n’a pas échappé au jury du Festival de Saint Sebastien qui lui a décerné le prix « Sebastiane » ( Prix du film Lesbien, Gay, Bisexuel et Transgenre).

Que penser de ce film lorsqu’on n’est pas un militant ?

Ozon est un bon faiseur de film et ce film est particulièrement bien ficelé et peut être même un peu roublard. C’est une comédie, jalonnée de coups de théâtre destinés à surprendre le spectateur mais qui sont justifiés de manière faussement naturelle : Par exemple David, devenue Virginia, explique que le bébé a besoin d’une mère. Claire très attachée à son ancienne amie trouve en Virginia (David) l’amitié féminine qui lui manque et en David (Virginia) le père de l’enfant dont elle rêvait. D’une pierre deux coups serait-on tenté de dire.

Comme il s’agit d’un conte, on ne recherchera pas la vraisemblance et on ne lui fera pas grief d’avoir escamoté les problèmes dramatiques qui affectent la vie des transsexuels. Un climat affectif tranquille baigne cette histoire gentiment militante.

Philippe Chailley