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Cinéma

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Une seconde mère

(Brésil -2015 – 1h54)

Réalisation : Muylaert Anna - Scénario : Anna Muylaert - Dir. Photo : Barbara Alvarez – Montage : Karen Harley - Son : Gabriela Cunha – Musique : Fabio Trummer, Vitor Araujo – Distribution : Memento Films
Interprétation : Regina Casé (Val), Michel Joelsas (Fabinho), Camilla Mardilla (Jessica), Karine Teles (Barbara), Lourenço Mutarelli (Carlos), Helena Albergaria (Edna)
Auteur :

Réalisatrice et scénariste brésilienne, Anna Muylaert est née en 1964. Elle étudie le cinéma à l’Université de Sao Paulo, et devient d’abord critique de cinéma, puis réalisatrice à la TV. Ses premiers longs métrages datent de 2002 et 2009 ; ils n’ont pas été distribués en France. Elle reçoit des prix au Brésil. Une seconde mère est son quatrième long métrage, récompensé au Festival de Sundance (Prix d’interprétation féminine) et à Berlin dans la Section Panorama (Prix du Public, Prix des cinémas art-et-essai).

Résumé :

Depuis plusieurs années, Val travaille comme bonne et nounou dans une famille riche de Sao Paulo. Elle est devenue une seconde mère pour le fils. L’irruption de Jessica, sa fille qu’elle n’a pas pu élever, va bouleverser le quotidien de la maisonnée.

Analyse :



Film social, film naturaliste, où l’empreinte du réel est si forte que le récit peut manquer d’intérêt, tant son déroulement s’effectue paresseusement, sans grands effets. En gros, le film se divise en deux parties : la première est la description du monde de la famille et des règles qui la gouvernent (et où s’active Val, bonne à tout faire, avec générosité et sans recul) ; la deuxième est dominée par l’arrivée d’un élément exogène, un corps étranger, Jessica la fille de la nounou. Elle vient de sa lointaine province où elle vivait avec son père, pour faire des études d’architecture dans la capitale. Dans la candeur de la jeunesse, elle va bouleverser les règles, au grand dam de Val. Par-exemple, il y a des lieux qui sont symboliquement réservés à la famille : la cuisine, la piscine. Sans parler de la « chambre d’amis » qu’a priori Jessica ne peut occuper, la patronne de la maison intimant clairement qu’elle doit partager avec sa mère la « chambre de bonne » ! Jessica va entrer partout, et s’installer avec un naturel, qui irrite la patronne, mais séduit le père (par-ailleurs très malade). La coexistence avec sa mère s’avère difficile. Le passé ressurgit : Val a quitté mari et enfant pour vivre sa vie, et 15 ans sont passés. Après les effusions des retrouvailles, c’est une nouvelle partie de sa vie que va découvrir la mère. Seconde mère de Fabinho, adolescent attardé, Val revit son rôle de mère, bousculée par Jessica, qui lui avoue qu’elle est la mère d’une petite fille. La résonnance sociale du film est là. Citoyenne de « seconde zone », Val va prendre sa vie en mains, et se libérer de la famille étouffante, qui malgré une certaine « affection » de la patronne (bises et mots gentils) représente un système efficace d’oppression (on pense à la bourgeoisie bien pensante, garant, selon Marx, du pouvoir du « Grand Capital » !). Remarquablement interprétée par Regina Casé, célèbre actrice dans son pays, le personnage nous touche par sa force de vie et son dynamisme affectif. De « seconde mère » par asservissement à un système, elle reprend pleinement sa place de mère, et bientôt de grand-mère.

Alain Le Goanvic