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Cinéma

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United States of Love (Zjednoczone stany milosci /*Etats Unis de l'amour)

(Pologne - 2017 - 1h46)

Réalisation : Tomasz Wasilewski - Scénario : Tomasz Wasilewski - Photographie : Oleg Mutu - Montage : Beata Walentowska - Son : Christian Holm - Producteur : Piotr Kobus - Distribution France : Sophie Dulac distribution
Interprétation : Julia Kijowska (Agata), Magdalena Cielecka (Iza), Dorota Kolak (Renata), Marta Nieradkiewicz (Marzena)
Auteur :

Tomsz Wasilewski est né en 1980 en Pologne. Après des études de production cinématographique à Lods, il réalise son premier long métrage, Dans la chambre à coucher en 2012, puis La ligne d’eau en 2014. United states of love a obtenu l’Ours d’argent pour le scénario à Berlin en 2017.

Résumé :

En 1990, en Pologne, nous allons suivre la vie, les désirs et les frustrations de quatre femmes d’âge différent et vivant dans le même immeuble.

Analyse :



Dès la première scène, nous sommes saisis par l’atmosphère pesante de la société polonaise un an après la chute du mur de Berlin (1989). Les traces du communisme sont encore très présentes dans le mobilier sans goût, les vêtements ternes et les barres d’immeubles sinistres ainsi que dans la condition peu enviable des femmes. Mais le capitalisme de l’ouest s’invite déjà dans le paysage et un mari est parti travailler en Allemagne tandis que les héroïnes ont réussi à acheter du Fanta. L’incertitude pesante entre les deux mondes est particulièrement bien rendue par le travail du chef opérateur roumain Oleg Mutu (4 mois, 3 semaines et 2 jours) qui joue avec des couleurs estompées, à la limite du noir et blanc alors que la couleur franche n’apparaît jamais, comme pour s’opposer à la grisaille dans laquelle baigne tout le film. Nous allons suivre quatre femmes, seules ou en couple, qui, après des années de privations et d’oppression, vont essayer de vivre autre chose mais auront à subir misère sentimentale, sexuelle et contraintes morales. Le réalisateur montre souvent des corps nus et insatiables, mais inassouvis et sans érotisme. La chair est triste ! La froideur des scènes est à mettre en regard avec la violence rentrée des sentiments et le titre du film « les états unis de l’amour » est particulièrement ironique quand on voit l’amour frustré d’Agata pour un jeune prêtre, la mise à l’écart d’Iza par son amant impitoyable, la tentation homosexuelle refoulée de Renata pour sa voisine et la jeune et jolie Marzena qui elle se fait violer par un photographe alors qu’elle est inconsciente. Tout cela donne un aperçu bien pessimiste de la Pologne du Rideau de fer, mais, grâce à la précision de la mise en scène et surtout au jeu sans défaut des quatre actrices, ce film sans concession nous marque profondément.

Jean Wilkowski