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Cinéma

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Valley of Love

(France- 2014-1h33) Sélection Officielle Cannes 2015

Réalisation : Nicloux Guillaume – Scénario : Guillaume Nicloux - Dir. Photo : Christophe Offenstein – Montage : Guy Lecorne – Son : Olivier Dô Huu – Musique : Charles Ives – Distribution : Le Pacte
Interprétation : Isabelle Huppert (Isabelle), Gérard Depardieu (Gérard), Dan Warner (Paul)
Auteur :

Né en 1966, Guillaume Nicloux débute sa carrière de réalisateur avec Les enfants volants en 1990 où il dirige Anémone. Puis, il réalise un téléfilm La vie crevée en 1992 (avec M. Piccoli et A. Dombasle) et en 1995, Faut pas rire du bonheur. Suivront : Le poulpe (1998), Une affaire privée (2001), Cette femme-là (2003), Le Concile de pierre (2006), La Religieuse (2013), remake du fameux Rivette. A quelques occasions acteur, il est le scénariste de tous ses films, alliant les ingrédients de film noir et la description de personnages singuliers.

Résumé :

Isabelle et Gérard ont perdu leur fils il y six mois. Ils vivent séparés depuis longtemps, mais le fils, avant son suicide, leur a adressé une lettre dans laquelle il leur donne rendez-vous dans La Vallée de la Mort (Death Valley) en plein cœur des Etats-Unis, un lieu aride et célèbre pour ses paysages impressionnants. Malgré l’absurdité de la situation, les parents décident de s’y rendre et de l’attendre, à la date fixée par leur fils Michaël.

Analyse :



Etonnante variation sur la personnalité double de deux grands acteurs dans un film qui mélange suspense et surnaturel, discussion de couple et filiation. Ils évoluent –on pourrait dire : ils errent- dans un lieu touristique d’une beauté saisissante, minérale, desséchée et desséchante (superbe maîtrise de la photographie). Isabelle et Gérard, trente cinq ans après Loulou (Maurice Pialat), alors acteurs encore jeunes mais confirmés, se retrouvent dans une étrange histoire qui va nous mener au bord du monde connu. Lenteur dans l’attente des deux parents, logés dans un hôtel très touristique, où Gérard est reconnu par certains, enfin… l’acteur ! Peu à peu, par des séquences savamment distillées dans un quotidien factice et vide de sensations (à part la chaleur qui accable l’homme, alors que la femme semble surnager), nous sommes embarqués dans leur histoire inouïe. Les cadrages serrés des visages les montrent légèrement se modifier avec l’approche de la fatidique « rencontre » avec le fils suicidé. La bande sonore multiplie des bruits très concrets du monde (ceux clinquants de l’hôtel et du supermarché, ceux hallucinatoires du paysage désertique). La musique de Charles Ives est aérienne et sourde, d’abord, puis une cantilène à la trompette s’élève des basses pressions du monde. Les personnages ne sont pas animés de spiritualité, c’est le moins qu’on puisse dire, mais ils sont confrontés à une expérience unique, où se mêlent la culpabilité (Isabelle, surtout) et la tranquillité apparente et pesante (le physique de Depardieu). Les rencontres enfin s’opèrent, mais ne sont-ce pas des rêves (cauchemars), car enfin, on ne revient pas du pays de la Mort ?!

Le réalisateur a dédié le film à son propre père. A la fin du périple, c’est un message d’amour que recevront ces parents naufragés : « Mort où est ta victoire ? »(1 Cor.15-55).

Alain Le Goanvic