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Cinéma

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Voir du pays

(France- 2016- 1h 42)

Réalisation : Delphine Coulin - Scénario : Delphine et Muriel Coulin, d'après « Voir du Pays » de Delphine Coulin (Grasset) – Directeur de la photographie : Jean-LouisVialard – Chef monteuse : Laurence Briaud – Ingénieur du son : Antoine-Basile Mercier – Chef costumière : Isabelle Pannetier – Production : Archipel 35, Blonde, Arte France Cinéma – Distributeur : Diaphana Distribution
Interprétation : Ariane Labed (Aurore), Soko (Marine), Alexis Manenti (Jonathan), Sylvain Loreau (Momo), Romain Barde (Tony),Ginger Roman (Fanny)
Auteur :

Voir du Pays est le deuxième long métrage des sœurs Delphine et Muriel Coulin après 17 Filles, César du Meilleur Premier Film en 2011. Elles ont débuté en 1995 par des court-métrages tous sélectionnés et souvent primés dans de nombreux festivals. Et si Muriel est la technicienne - Ecole Louis Lumière - et Delphine la littéraire - elle a publié plusieurs romans dont Samba pour la France adapté au cinéma en 2014, c'est à quatre mains qu'elles ont réalisé ce film adapté du roman éponyme de Delphine paru chez Grasset en 2013.

Résumé :

Après 6 mois de combat en Afghanistan, Marine et Aurore, jeunes militaires françaises débarquent avec leur section à Chypre dans un hôtel 5 étoiles pour 3 jours de « sas de décompression » avant de rejoindre leur famille en France pour « oublier la guerre ».

Analyse :



Le cinéma français a toujours été frileux dans la représentation des guerres récentes dans lesquelles le pays était engagé. Après la 317° Section de Pierre Schoendoerffer (1963), on doit compter sur les doigts des 2 mains seulement les films abordant le sujet. Et il aura fallu attendre le deuxième long métrage des sœurs Coulin pour filmer de manière très originale l'intervention française en Afghanistan. Car derrière ce titre ironique on découvre une approche inédite de la guerre d'aujourd'hui, à travers le parcours de deux jeunes femmes, amies d'enfance, dans un monde d'hommes, les raisons de leur engagement, les séquelles de la violence et de la mort sur le terrain des opérations, l'appréhension du retour en France au bout de 6 mois en vase clos. On se pose aussi la question de l'utilité de ce séjour-tampon de trois jours, mis en place depuis 2008 par l'armée française. Si l' on est fasciné comme elles à leur arrivée dans cet hôtel chypriote 5 étoiles en bord de mer, au milieu des touristes friqués, on réalise la violence et l'horreur qu'elles ont vécues, visualisées à travers leurs récits par des images virtuelles lors de séances à vocation thérapeutique. On peut aussi s'interroger sur l'efficacité de ces séances de « debriefing » individuelles et collectives avec psychologue militaire. La dernière image dans l'avion qui les ramène au pays nous laisse perplexes.

Le film très réussi esthétiquement oppose souvent les paysages floutés de Chypre et les gros plans des personnages un peu perdus dans un monde, apparemment paisible, à redécouvrir. Les interprètes qui ont suivi une formation militaire ont parfaitement assimilé la gestuelle et même les tics et les expressions de l'armée. Avec une mention spéciale à Soko et Ariane Labed, très crédibles bien que différentes.

Un bémol cependant : l'intrigue amoureuse dans la dernière partie du film trop convenue et inutile.

Claude Bonnet