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Cinéma

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Voyage à travers le cinéma français

(France, 2016, 3h10)

Réalisation : Bertrand Tavernier - Scénario : Bertrand Tavernier - Photo : Jérôme Almeras, Simon Beaufils, Julien Pamart - Musique : Bruno Coulais - Son : Fanny Weinzazpflen, Olivier Dô Hùu - Montage : Guy Lecorne, Marie Deroudille - Documentation : Emmanuelle Sterpin - Distribution : Pathé Distribution
Interprétation :
Auteur :

Né en 1941 dans la bonne ville de Lyon, qui vit naître les frères Lumière, Bertrand Tavernier est à la fois un brillant et passionné critique de cinéma, défenseur du cinéma américain (Les 50 ans de cinéma américain) et un grand réalisateur, auteur d’une vingtaine de films dont Le Juge et l’Assassin (1976), Une semaine de vacances (1981), Coup de torchon (1981), La passion Béatrice (1987), Capitaine Conan (1996). Plus récemment : Dans la brume électrique (2009), La Princesse de Montpensier (2010). Son oeuvre témoigne d’un certain éclectisme, mû par une grande curiosité et une belle ouverture d’esprit.

Résumé :

Réalisation tout à l’honneur de ce cinéphile passionné, elle est une balade suggestive et libre, à travers le cinéma français, sur une période  qui s’échelonne de 1930 à 1970. C’est surtout un acte de gratitude envers tous ceux qui ont illuminé sa vie : cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens. Personne ne semble avoir été oublié dans cet étonnant Voyage.

Analyse :



Voilà un film célébrant la ‘cinéphilie’ qui exprime avec brio ce que beaucoup d’entre nous ressentons. Pas de considérations philosophico-abstraites (Deleuze) ou de grandes phrases qui se veulent définitives sur ‘l’histoire du cinéma’ (Godard), mais une approche personnelle et affective. Ne pas oublier que le cinéma a mis du temps pour être considéré comme un Art à part entière. Bien garder à l’esprit que c’est dans la période d’après guerre que, sous l’égide de grands critiques (Bazin, Sadoul, Mitry) et avec l’impulsion de la Nouvelle Vague, la cinéphilie a acquis ses lettres de noblesse. Tavernier évoque cet amour fou du cinéma qui a électrisé la période des ciné-clubs, des grandes revues (Les Cahiers du Cinéma, Positif). Au travers des cinéastes tels que Carné, Renoir, Gréville, Becker, Melville, Sautet, mais aussi des acteurs tels que Gabin (admiration sans borne), Stroheim, Eddie Constantine ; sans oublier les scénaristes Prévert, Aurenche, Trauner… Tout cela forme la trame de ce film de plus de trois heures, tissée dans une passion inconditionnelle, exclusive, tendancieuse, à prendre ou à laisser ! Un autre grand mérite est la place donnée aux compositeurs qui ont tellement contribué à la qualité esthétique des films de cette époque très riche: Jaubert, Dutilleux, Kosma, Duhamel.

Tavernier a fait avec son équipe un énorme travail de recherches et de compilation d’extraits et d’archives (interviews, scènes de tournage). Revoir avec plaisir des passages de L’Atalante (Vigo), Les enfants du Paradis et Hôtel du Nord (Carné), Le trou (Jacques Becker), Deux hommes à Manhattan (Melville), mais aussi découvrir Cet homme est dangereux (Sacha) ou ce film oublié de Delannoy (un de ceux que la Nouvelle Vague a cloués au pilori) : Macao, l’enfer du jeu ou encore Remous, Le Port du désir d’un certain Edmond T. Gréville ! Plaisir très individuel : un bain dans la beauté inaliénable d’un certain cinéma en noir et blanc, et qui garde toute sa valeur. 

Alain Le Goanvic