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Cinéma

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Voyage en Chine

(2015 - France - 1h36)

Réalisation : Mayer Zoltán - Scénario : Zoltán Mayer – Image : George Lechaptois – Prise de son : Dana Farzanehpour - Musique : Benoît Hillebrant, Valérie Deloof - Montage : Camille Toubkis – Dir. de production : Jean de Trégomain - Productrice : Carole Scotta – Haut et Court, France 3 Cinéma
Interprétation : Yolande Moreau (Liliane) – Qu Jing Jing (Danjie) – Lin Dong Fu (Chao) – Liu Ling Zi (Li Shu Lan) – André Wilms (Richard) – Sophie Chen (Mlle Yang)
Auteur :

Zoltán Mayer est un artiste complet : photographe, acteur, réalisateur, musicien, essayiste. D’origine hongroise par son père et française par sa mère, ses photographies ont fait l'objet de nombreuses expositions internationales. Au cinéma, il est réalisateur d'un court-métrage  Hélium (1997) , acteur dans Elle et lui au 14e étage de Sophie Blondy (2000), scénariste du court-métrage Millefeuille (2010), monteur du documentaire Le sens de l'âge (2013).  Voyage en Chine est son premier long-métrage.

Résumé :

Ayant appris la mort accidentelle de son fils, Liliane part en Chine pour rapatrier son corps. Ne parlant pas le chinois et très mal l'anglais, Liliane va retrouver les endroits où son fils a vécu ainsi que ses amis. En revenant sur les traces de son fils, Liliane entame un deuil à travers un voyage initiatique.

Analyse :



« Voyage en Chine » nous transporte dans un autre monde, une Chine contemporaine que nous n'avons pas l'habitude de voir au cinéma. C'est en s'inspirant d'un périple chinois avec sa propre mère que Zoltan Mayer a décidé de tourner son film en Chine situé dans la région du Sichuan. Une rencontre avec Yolande Moreau lui a donné l'impulsion du scénario. « Sa présence m'a accompagné tout au long de l'écriture. Si elle avait refusé ce rôle, le film ne se serait pas fait ».

Ce film est porté de bout en bout par Liliane qui part à la recherche de ce fils qu'elle ne connaît plus. Une mésentente entre le père et le fils étant à l'origine de l'expatriation du fils photographe vers ce pays lointain d'où il ne donne plus de nouvelles. C'est par touches successives que le réalisateur nous fait avancer avec Liliane. Chaque rencontre, sa logeuse, un enfant, un vieil homme serviable, un moine taoïste, l'amie de son fils, la projette dans la vie quotidienne des chinois, dans un univers où la spiritualité taoïste a un rôle important. A travers la découverte de son fils (objets, cadre de vie, conversations avec ses amis) et par un journal qu'elle lui adresse, Liliane obstinée ira jusqu'au bout du but qu'elle s'est fixée : rapatrier le corps de son fils.

On ressent tout au long du film l'importance que revêt la lumière pour Zoltan Mayer, photographe. Chaque image a un sens. Au début du film, les plans découpés par des murs, des vitres, des portes renforcent le sentiment de solitude et de tristesse de Liliane. Puis en Chine l'utilisation de la lumière naturelle sans superflu permet au spectateur de profiter pleinement de la beauté des paysages et de vivre avec Liliane sa reconstruction, son apaisement.

La mise en scène riche en ellipses, en hors-champs, en non-dits, sème des choses infimes et signifie de façon évidente ou cachée le sens du récit. On devine ce qui se passe sans voir, à travers les gros plans des mains, des pieds, des visages. Quelques moments légers, drôles et émouvants allègent le poids que porte Liliane : ne pas avoir su ou pu dire à son fils tout son amour. Liliane va avancer à son rythme, dans sa douleur, pour l'apprivoiser et rendre sienne la vérité : la mort de son fils.

Ce film, transmission de la vie d'un fils à sa mère, ne se regarde pas, il se contemple.

Marie-Christine Griffon