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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Western

(Allemagne/Bulgarie/Autriche, 2017, 2h01)

Réalisation : Valeska Grisebach - Scénario : Valeska Grisebach - Image : Bernhardt Keller - Montage : Bettina Böhler - Distribution France : Shellac
Interprétation : Meinhard Neumann (Meinhard), Reinhard Wetrek (Vincent), Syuleyman Alilov Letifov (Adrian), Veneta Frankova (Veneta), Vyara Borisova (Vyara), Kevin Bashev (Vanko)
Auteur :

Valeska Grisebach (Brème, 1968) est de cette nouvelle-nouvelle-vague allemande, ou berlinoise, d'après la réunification, soucieuse autant d'un large public que de substance et de qualité. Après plusieurs courts et le moyen métrage Mein Stern (*Mon étoile, 2001, 1h05), son premier long, Désir(s) (Sehnsucht, 2006), est sélectionné en compétition au festival de Berlin et à de nombreux autres. Western est le second.

Résumé :

En Bulgarie, une équipe de chantier, Allemands ne connaissant pas un mot de bulgare, entreprend dans la montagne à la frontière grecque les premiers travaux d'une future centrale hydroélectrique.

Analyse :



Europe de l'Est au lieu de l'Ouest étatsunien, mais le genre western est bien présent par les chevaux, par les hommes confrontés les uns aux autres dans une nature presque vierge, par l'absence de toute loi autre que celle qu'ils se forgent eux-mêmes. Conséquence presque obligée, ce film d'une femme est un 'film de mecs', les quelques personnages féminins étant simples prétextes à montées de testostérone et rivalités masculines – sauf l'ancêtre décrépite à la Georges Brassens.

Beau film, où le décor est fait de moyennes montagnes sauvages, revêtu de maquis plus que de forêts ; au fond d'une profonde vallée court une glaciale rivière, et végète un petit village coupé du monde : à la frontière, loin des deux pays à la fois. Encore plus isolés, les hommes du chantier, dont seul le chef utilise, s'écartant du campement, son téléphone pour gérer le travail et tenter de conserver des liens familiaux. Et c'est dans ces conditions, ni banales ni exceptionnelles, qu'il faut, pour de nombreux mois sans doute, construire une vie, chacun pour soi, les uns avec les autres, collègues que l'on découvre et locaux plus ou moins méfiants, plus ou moins avec raison, avec qui se lier n'est pas facile mais peut être enrichissant. Les aléas qui ponctuent la narration sont faits d'incidents simples, et se règlent moins dramatiquement que l'on ne pourrait craindre, mais le suspense est là. Quelques épisodes semblent même abandonnés en route, notamment en rapport avec les mafieux du coin.

Histoire extérieure au pays où elle se déroule, et dont on n'apprendra rien donc ; tout l'accent est sur ce que sont ces hommes, ce qui les fait agir, les fascine, les inquiète, et comment ils parviennent à établir entre eux des rapports ­— la diversité des langues parlées par les uns et les autres n'y aidant guère — et construire, c'est le thème du moment, de précieuses bribes de fraternité.

Jacques Vercueil