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Cinéma

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A la merveille

(USA – 2012 – 1h52)

Réalisation : et scénario : Terrence Malick - Photo : Emmanuel Lubezki – Son : Eric Adahi – Montage: A.J. Edwards, Keith Fraaze, Shane Hazen. – Cost. : Jack Fisk - Musique : Fernando Fiszbein - Distribution : Metropolitan
Interprétation : Ben Affleck (Neil), Rachel McAdams (Jane),Olga Kurylenko (Marina), Javier Bardem (Quintana le prêtre), Charles Baker (Charles), Romina Mondello (Anna)
Auteur :

Né en 1943, le réalisateur américain a commencé sa carrière avec un film-poursuite d’une grande violence La balade sauvage (Badlands) en 1974. Cinq ans après arrive le très beau Les moisson du ciel, et 20 ans après La ligne rouge, film de guerre offrant une méditation sur le bonheur de vivre et  sur la nature omniprésente mais oubliée par les hommes. Nouveau silence jusqu’à 2004 où il réalise Le nouveau monde, version panthéiste de l’histoire de Pocahontas. Nouveau silence et c’est en 2011 l’apothéose avec The tree of life (Palme d’or à Cannes). Le réalisateur semble retrouver le goût de tourner et présente à Venise son nouvel opus A la merveille en 2012.

Résumé :

Un jour Neil et Marina se sont aimés, c’était en France, au Mont Saint Michel, la Merveille La passion entre deux êtres beaux et jeunes. Ils se sont installés dans l’Oklahoma, mais leur relation s’est détériorée, et aboutit à la séparation. Neil se console avec Jane, une ancienne amie, alors que Marina recherche le réconfort auprès du père Quintana, mais celui-ci est traversé par le doute sur sa foi et le silence de Dieu. Elle retourne en France. La Merveille est toujours là !

Analyse :



Disons le carrément, quelque chose ne va pas dans ce film. Techniquement impeccable : images magnifiques, captation de lumière et d’effets sonores, reflets d’un monde magnifié par les variations de focales et de diaphragme, personnages suivis par la steadycam. La voix off est omniprésente, une voix de femme (la douce et belle Marina, d’origine ukrainienne), mais aussi la voix de Javier Bardem, qui incarne avec une grande économie de moyens, le prêtre catholique. En fait, on reconnaît bien le style de Malick qui faisait la beauté de La ligne rouge, son film le plus achevé, son meilleur.
Mais le présent film est passé à côté d’un réel beau film, et c’est dommage. L’histoire est incompréhensible, car elle est ensevelie sous les procédés utilisés, et rien ne permet de s’intéresser à une histoire somme toute assez banale. Le prêtre pourrait avoir une certaine consistance, mais Bergman a définitivement fait beaucoup mieux dans la description d’un homme perdu devant le silence de Dieu. Malick aurait dû prendre  cinq ans minimum pour maturer sa pensée et exprimer ses convictions spirituelles ! Ne se serait-il pas fourvoyé en laissant la bride à son remarquable chef opérateur ? Jadis Godard nous présentait des films « déconstruits », comme celui-ci, mais il y avait un souffle de vie, une force expressive, et son propos avait du sens. Je pense particulièrement à Je vous salue Marie,  à Passion.

Que va devenir Marina que la caméra suit sans cesse et nous montre déboussolée, au sens propre ? On la voit entrer dans un tunnel qui débouche sur un monde désert, mais Dieu merci, le dernier plan, magnifique, est celui qui montre le Mont Saint Michel. Le Prélude de Parsifal (Wagner) retentit pour la troisième fois : est ce donc l’appel du Graal ? La vision d’un bonheur impossible ici-bas ? Mais le film se termine, c’est trop tard pour qu’il devienne intéressant.

(Alain Le Goanvic)