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Cinéma

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Amour

(France / Autriche - 2012 - 2H07)

Réalisation : Michael Haneke - Scénario et dialogues : M.Haneke - Image : Darius Khondji - Montage : Nadine Muse, Monika Willi - Distribution : Les films du Losange.
Interprétation : Jean-Louis Trintignant (George), Emmanuelle Riva (Anne), Isabelle Huppert (Eva)
Auteur :

Michael Haneke est un réalisateur et scénariste autrichien né à Munich en 1942.
Il se fait connaître dans les années 90 par des films très remarqués, tant par leurs qualités cinématographiques que par leur côté lourd, violent, dérangeant. En 1997 Funny Games  stupéfie le festival de Cannes  par sa violence froide. En 2001, Haneke obtient le Grand Prix du Jury  pour La Pianiste,  qui met en scène la relation perverse d’une mère écrasante et de sa fille célibataire.  Caché (2005) obtient le Prix du Jury œcuménique. Quatre ans plus tard, c’est Le Ruban Blanc  qui remporte la Palme d’or. En 2012, c’est une seconde Palme d’or qui récompense Haneke pour Amour : Jean-Louis Trintignant n’hésite pas à dire que Haneke est, à ses yeux, le plus grand réalisateur vivant.

Résumé :

George et Anne, octogénaires, mènent la vie paisible d’un vieux couple aimant dans leur appartement parisien où le grand  piano à queue côtoie des bibliothèques couvertes de livres. Un soir, en rentrant d’un concert, ils découvrent que leur appartement a été « visité »…le lendemain matin, Anne est victime d’un AVC. L’opération tourne mal, la laissant hémiplégique. La vie a basculé. L’état d’Anne s’aggrave. George accompagne  Anne  tout au long du chemin qu’il leur reste à parcourir, avec pour seule arme l’amour qu’il lui porte.

Analyse :



Un film choc, assurément. Amour n’est pas un film comme les autres : irez vous le voir ? Peut-être pas, et vous avez toutes les raisons de ne pas le faire. Mais également toutes les raisons d’y aller : je sais que je ne voudrais pas ne pas l’avoir vu. C’est un très grand film. Hommage à Haneke, à Emmanuelle Riva, à Jean-Louis  Trintignant qui nous subjugue depuis déjà des décennies par son talent, son charme, sa voix.
Amour  est dérangeant parce qu’il  dépasse l’histoire de George et Anne. Il nous oblige à garder les yeux grands ouverts sur ce qu’on n’a pas envie de voir : la mort, notre amour confronté à la mort. C’est difficile de parler de ce film là parce qu’il nous étreint, nous interpelle au plus intime de nous mêmes, et ceci sans notre consentement. Il touche à ce qu’il y a de plus fragile en nous : la mort de l’autre que l’on aime. Et la question est des plus brutales : que devient ce lien d’amour quand la maladie inéluctable détruit lentement, sous vos yeux, cet autre que vous aimez.

C’est peut-être pour tenter d’y répondre que la caméra s’approche au plus près des visages, des regards, celui d’Anne, celui de George. Au plus près de la peau. Sans doute est-ce ainsi que Haneke filme l’âme, l’âme d’un homme, d’une femme, confrontés à cette douleur-là. Mais voilà que dans ce film, douleur rime avec douceur, comme dans le 3e Impromptu de Schubert qui accompagne Anne et George  tout au long  du chemin. Et George alors invente les gestes et les mots qui vont organiser la résistance. C’est là que réside à mes yeux la force de ce film singulier, et sa beauté surtout. Non, ce n’est pas un film noir. C’est un film douloureux, sans conteste, mais  d’abord un film d’amour.

(Françoise LODS)