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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Au bout du conte

(France – 2012 – 1h52)

Réalisation : Agnès Jaoui – Scénario : Agnès Jaoui, Jean-pierre Bacri – Photo : Lubomir Bakchev – Son : KJean-Pierre Duret – Musique : Fernando Fiszbein – Décors : François Emmanuelli) - Distribution : Memento Films Distribution
Interprétation : Agnès Jaoui (Marianne), Jean-Pierre Bacri (Pierre), Agathe Bonitzer (Laura), Arthur Dupont (Sandro), Valérie Crouzet (Eléonore), Benjamin Biolay (Maxime),Dominique Valadié (Jacqueline), Laurent Poitrenaux (Eric), Didier Sandre (Guillaume Casseul), Nina Meurisse (Clémence), Clément Roussier (Julien), Béatrice Rozen (Fanfan,madame Casseul)
Auteur :

Agnès Jaoui est née en 1964. Elle entre à l’école du Théâtre des Amandiers en 1984 où elle aura son premier rôle sur scène avec Jean-Pierre Bacri en 1987. Avec ce dernier elle écrit en 1987 la pièce Cuisines et dépendances puis en 1994 le scénario de  Un air de famille (Cédric Klapisch). En 1997 ce sera On connaît la chanson (Alain Resnais). Elle passe à la réalisation  en 2000 pour Le goût des autres qui connaît un grand succès. Suivront Comme une image (2003) et Parlez-moi de la pluie  (2008). Comme actrice elle joue dans la plupart de ses films. Jean-Pierre Bacri y est aussi présent, comme coscénariste et acteur. 

Résumé :

Un conte de fées joué par des enfants se prépare sous la conduite de Marianne. Autour d’elle gravitent sa fille, son ex, son frère et sa femme, sa nièce, un moniteur d’auto-école, un jeune musicien amoureux, un séducteur….Sur fond de références aux contes de fées se déroulent sous nos yeux un chassé croisé d’amours espérés, réalisés ou déçus.

Analyse :



Comme dans ses films précédents et particulièrement Le goût des autres Agnès Jaoui  joue avec un grand nombre de personnages et leurs rencontres. Ici il y a plusieurs générations, ce qui permet de faire apparaître les relations parents-enfants. Elle joue aussi sur des différences sociales sans que celles-ci ne soient dramatisées : ainsi la réception chez les parents de Laura, à l’occasion de la remise de la légion d’honneur. N’est-ce point dans les contes de fées que les princes épousent les bergères ? Le thème principal est : peut-on croire à l’amour ? La référence à plusieurs contes de fées permet de traiter ce thème avec fantaisie, d’autant que le scénario les traite avec distance et humour.  Le talent d’Agnès Jaoui et de son coscénariste JP Bacri se retrouve ici dans les mille petits détails qui parsèment le film, aussi bien dans les dialogues que dans les situations et la mise en images. Ces références aux contes de fées, que chacun s’amusera à retrouver sans être jamais sûr de les voir toutes (il y en aurait plus de 100 !!!), ne sont pas conformes au modèle d’origine. Elles sont même souvent inversées : ainsi le jeune Sandro (Cendrillon) perdant sa chaussure en s’enfuyant du bal…, Laura (belle au bois dormant) réveillée par une gifle et non un baiser…. Et bien d’autres encore. C’est dans cette subversion qu’on peut trouver une des caractéristiques du traitement du thème du film : ce qui est promis dans ces contes n’est plus… d’actualité. D’autres croyances peuvent apparaître mais fragiles et fugitives. Les relations de couples sont ici sous le signe de la modernité : seuls les parents de Laura constituent un couple qui a duré et qui dure. Mais il n’est pas plus rassurant pour autant ! La paternité y est bien malmenée : soit refusée par Pierre mais finalement regrettée, soit revendiquée par Eric mais que Marianne a repoussé.

On admire aussi combien les décors sont accordés aux personnages qui y vivent que ce soit la maison de Marianne avec son nain de jardin, l’appartement sinistre de Pierre, la demeure luxueuse des parents de Laura, l’appartement design de Maxime, le studio en désordre de Sandro… Le choix des musiques off est particulièrement opportun pour qui connaît le texte de ces airs de Glück, Gounod, Purcell, accompagnant certaines scènes…

Pas de philosophie explicite, simplement un sentiment de désillusion sans dramatisation. C’est le point de vue de la réalisatrice qui s’exprime à travers les positions de Marianne, mais avec finesse.  Un film à tiroirs qu’on aura intérêt à voir et revoir.

(Maguy Chailley)