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Cinéma

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Augustine

(France – 2012 - 1h42)

Réalisation : et scénario : Alice Winocour - Image : Georges Lechaptois - Musique : Jocelyn Pook - Montage : Julien Lacheray - Costumes : Pascaline Chavanne - Distribution France : Arp Sélection
Interprétation : Vincent Lindon (Charcot), Stéphanie Sokolinski (Augustine), Chiara Mastroianni (Mme Charcot).
Auteur :

Après le Droit à l'Université, Alice Winocour (née en 1976) étudie le scénario à la FEMIS.  Son premier court  métrage Kitchen (14min ; scénario, dialogues et réalisation) est présenté en compétition à Cannes en 2005. Suivent Magic Paris (2008, 20min ; Prix du meilleur réalisateur à Cabourg)  et Piña Colada (2008, 16min). Augustine est son premier long métrage.

Résumé :

A l'hôpital de la Pitié-Salpétrière (Paris, 1885) le professeur Jean-Martin Charcot, grande figure de l'histoire de la psychiatrie, rencontre une jeune patiente hystérique, Augustine, qui deviendra la vedette de ses démonstrations sous hypnose en amphithéâtre.

Analyse :



Augustine présente, dans les lieux mêmes et les costumes d'époque, un moment vrai de l'histoire de la psychiatrie qui offre aussi une évocation puissante du statut de la femme en ce temps, et tout naturellement rejaillit sur des interrogations actuelles. Le film d'Alice Winocour surfe en effet sur la vague d'une curiosité d'aujourd'hui : deux films de la même veine sont parus en 2011. D'une part, sur le même sujet exactement, un autre Augustine, moyen métrage de J.C. Monod et J.L Valat tourné quelques années auparavant ; d'autre part, dans Une dangereuse méthode, David Cronenberg mettait en scène le conflit sur fond de psychanalyse opposant C.G. Jung à son maître Sigmund Freud, qui fut l'étudiant de Charcot dès après l'épisode Augustine.

La reconstitution, évocatrice sinon réaliste, du cadre matériel et humain de la fin XIX° est indispensable pour rendre crédibles des façons de faire et d'être qui peuvent nous sembler extraordinairement lointaines. La confrontation entre hommes et femmes, elles enfermées ou servantes, eux docteurs et décideurs, est marquée de façon criante par ces étonnantes scènes de théâtre où la patiente est amenée devant l'assemblée des messieurs pour leur offrir sur ordre le spectacle de ses impressionnantes mimiques et contorsions (l'une des contributions de Charcot fut de prouver que l'hystérie n'était pas un désordre spécifiquement féminin).

Le film est tout entier centré sur la relation qui s'établit entre le grand professeur et la jeune bonne (encore plus jeune dans la réalité que le personnage joué par Soko). La disproportion semble écrasante : Charcot, parti de rien, atteignait alors l'apogée de sa puissance mandarinale ; grand bourgeois par son mariage, scientifique respecté, patron absolu de l'énorme institution où est enfermée la petite Augustine… elle, pauvre, illettrée, isolée, victime de crises spectaculaires et handicapantes qui l'ont fait hospitaliser. Mais entre le médecin-père et la patiente-fille, le jeu des démonstrations publiques, indispensables au succès professionnel de Charcot et pour lesquelles Augustine se révèle une partenaire irremplaçable, introduit une nouvelle dimension qui permet à la jeune fille de reconquérir du pouvoir et finalement de s'imposer avant de s'évader.

La subtilité de ces séances de vraie ou fausse hystérie dont Charcot est l'organisateur, le témoin et finalement le complice, est remarquablement rendue par Vincent Lindon et la chanteuse Soko dans son premier grand rôle, après A l'origine de X. Giannoli et, dans un registre voisin d'Augustine, Bye Bye Blondie de V. Despentes.

(Jacques Vercueil)