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Cinéma

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Camille redouble

(France - 2012 - 1h55)

Réalisation : Noémie Lvovsky – Scénario : N. Lvovsky, F.O. Mattei, Maud Ameline, Florence Seyvos - Direction photo: Jean-Marc Fabre – Montage : Annette Dutertre, Michel Klochendier - Musique :Hubert Cornet – Son : Olivier Mauvezin – Distribution :Gaumont
Interprétation : Noémie Lvovsky (Camille), Judith Chemla (Josepha), India Hair (Alice), Julia Faure (Louise), Yolande Moreau (mère de Camille), Michel Vuillermoz (père de Camille), Samir Guésmi (Eric), Denis Podalydès (le prof de physique), Jean-Pierre Léaud (l’horloger)
Auteur :

Diplômée de la FEMIS, Noémie Lvovsky est actrice, scénariste, réalisatrice. Une femme de talents, plus connue peut-être par ses apparitions à l’écran, par exemple : L’Appolonide (Bonello), Les adieux à la Reine (B. Jacquot), Adieu Berthe (B. Podalydès). Ses films : Oublie-moi (1995), La vie ne me fait pas peur (1999), Les sentiments (2003), Faut que ça danse (2007)… ont eu un succès auprès de la critique. Camille redouble  a été salué par le public de La Quinzaine de Réalisateurs 2012.

Résumé :

Un soir de Nouvel An, Camille s’endort, très éméchée. Elle se réveille dans sa chambre d’adolescente, elle a 16 ans, ses parents sont là, il faut qu’elle se dépêche pour aller au lycée. Elle va retrouver Éric son ami et compagnon de vie, qui 25 ans plus tard la quittera pour une plus jeune ! Un « retour vers le futur » version française ?

Analyse :



Sur un ton carrément personnel,  une suite de séquences comiques et enlevées nous emmène de la soirée du nouvel an à un monde ancré dans le passé, celui de Camille, personnage sympathique et enjoué, mais surtout porté sur la bouteille ! La séquence-clé du scénario, c’est la rupture de Camille avec Éric, son compagnon de toujours (elle l’a connu au lycée comme on va le voir dans la suite de film), rupture qui l’affecte très fort, car elle sent qu’il n’accepte plus son penchant pour la boisson, ses sautes d’humeur, son âge mûr (!). On ne sait comment Camille ‘retourne’ à l’âge de 16 ans, avec son apparence de femme de 40 ans bien sonnés. Ses parents morts depuis longtemps sont là, en chair et en os : c’est le couple Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, qui leur donne une touche de tendresse et d’humanité, sans omettre l’humour.., et cela va irradier tout le film.

Ah ! nos chers disparus, s’ils pouvaient revenir ainsi d’un jour à l’autre, nous aurions beaucoup de choses à leur dire. Camille veut retrouver la voix de sa mère, alors à 16 ans, elle va la suivre avec un magnétophone et capter tous les mots du quotidien. Cette exploration du Temps (le dialogue sur le ‘décalage d’une minute’ avec l’horloger est savoureux) par une femme qui voudrait éviter de rencontrer l’homme qui va la faire souffrir 25 ans après, apporte une réflexion sur l’enchaînement fatal des choses et des évènements. Comment avertir sa mère qu’elle va mourir d’une rupture d'anévrisme, comment corriger l’avenir en revisitant le passé ? Loin des procédés et des effets spéciaux, la cinéaste invente une machine à remonter le temps des sentiments. Peu à peu, la comédie va prendre de la densité, et particulièrement devenir de la poésie amoureuse. Dans le présent de Camille, Éric est vraiment parti. Mais il lui reste la fille qu’elle a eue de lui, il lui reste qu’elle peut regarder la beauté du monde, celle d’une rue enneigée où elle marche, résolument, prête à accepter son nouvel avenir.

(Alain Le Goanvic)