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Cinéma

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Contagion

(Etats-Unis 2011, 1h44)

Réalisation : Steven Soderbergh - Scénario : Scott Z. Burns - Image : Steven Soderbergh - Montage : Stephen Mirrione - Musique : Cliff Martinez - Distribution : Warner Bros.
Interprétation : Matt Damon (Mitch Emhoff), Gwyneth Paltrow (Beth Emhoff), Lawrence Fishburne (Dr Cheever), Jude Law (Alan Krumwiede le blogueur), Marion Cotillard (Dr Leonora Orantes), Kate Winslet (Dr Erin Mears).
Auteur :

Né aux Etats-Unis né en 1963, Steven Soderbergh connut très vite le succès avec Sexe, mensonges et video (1989), Palme d'Or à Cannes. C'est un réalisateur prolifique (plus d'un film par an) dont la filmographie alterne succès (Traffic ou Erin Brokovich, candidats la même année à l'Oscar 2001 du meilleur film, remporté par Traffic) et échecs (A fleur de peau 1995, The Good German 2007), films ambitieux (Solaris 2002, les deux volumes de Che 2006) ou œuvres plus faciles (Ocean's 11, 12, 13 de 2001 à 2007). Il est souvent chef opérateur de ses films (sous le nom de Peter Andrews), ainsi que monteur (Mary Ann Bernard) et prétend vouloir ne plus faire que ça.

Résumé :

Beth Emhoff rentre de Hong Kong malade et meurt. Un nouveau virus est apparu, que les autorités sanitaires états-uniennes et mondiales s'efforcent de trouver les moyens de combattre. En attendant, l'épidémie se répand à une vitesse terrifiante, la crainte de la contagion épouvante les populations, et Internet facilite le travail d'un escroc semeur de panique.

Analyse :



Contagion est un film-catastrophe de facture classique, dans lequel on suit au plus près quelques individus soumis au fléau, et quelques autres voués au sauvetage de leurs frères humains. Dans ce film-ci, à la différence de nombreux prédécesseurs exploitant le filon d'un virus mortel et impossible à arrêter (Infectés, Pastor 2008; Blindness, Merielles 2008; Doomsday, Marshall 2008; Mutants, Morley 2007; Je suis une légende, Laurence 2007; etc.), Soderbergh s'applique à rester réaliste et 'quotidien', sans abuser des images plus ou moins gore dont le genre raffole. Plusieurs pistes sont suivies, donnant du phénomène une description qui se rapproche parfois d'une démarche documentaire : genèse du virus et comment il passe du monde animal à celui des hommes ; sa diffusion trop facile entre individus et à travers un monde sillonné d'avions ; caractère fulgurant de sa progression exponentielle ; lutte engagée par les organismes de santé publique, nationaux ou internationaux ; enfin panique déshumanisante que tout alimente, de la diffusion des vraies informations à celle de rumeurs, ainsi que la simple annonce des mesures de précaution ou sauvegarde. Le choix d'un type de virus à effet rapide, inspiré du HRAS, permet de conduire le récit sur un rythme haletant.

La distribution, très riche, semble presque gaspillée, tant il est peu demandé aux interprètes : avec des personnages si nombreux, chacun peine à trouver le temps de s'installer dans notre sensibilité. Les relations entre personnes, leur force et leurs réactions sous l'effet de la douleur et de la terreur subies, sont ici trop sommairement esquissée pour nous attacher et nous émouvoir - qu'il s'agisse par exemple du couple Cheever (Fishburne et Lathan), du trio Mitch-Beth-John Neal où le couple nous reste étranger et Neal n'est connu que par téléphone (caméo: c'est la voix de Soderbergh que l'on entend), ou encore de la famille de Li Fai, qu'il cherche à sauver par une désespérée prise d'otage, mais dont nous ne verrons qu'une 'photo'.

Ce qui constitue sans doute l'originalité la plus remarquable de Contagion, c'est le personnage du blogueur Krumwiede à la terrifiante arrogance, et l'illustration des mécanismes, à la portée de tout manipulateur, dont il se sert pour arriver à ses fins. Il cumule les traits du pire journalisme avide seulement de créer la sensation, de l'escroc exploitant la crédulité paresseuse de gens toujours à la recherche de magie, et du tribun abrité derrière sa popularité et le secours financier qu'elle lui assure… Plus que les autres dimensions de cette histoire assez convenue, on a là le ressort d'une interrogation opportune sur les nouvelles conditions de la vie sociale que crée la généralisation d'une communication interactive de masse. Internet, boîte de Pandore – le sujet n'a pas fini d'être à l'ordre du jour.

(Jacques Vercueil)