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Cinéma

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De rouille et d'os

(France - 2012 - 2h)

Réalisation : Jacques Audiardreste du paragraphe réalisation
Interprétation : – Scénario : Jacques Audiard et Thomas Bidegain - Direction photo: Stéphane Fontaine – Montage : Juliette Welffing - Musique : Alexandre Desplat- Décors : Michel Barthélémy- Son : Brigitte Taillandier - Distribution France : UGC
Auteur :

Né en 1952, fils de Michel Audiard, il a été monteur puis scénariste avec son père. Ses deux premiers films Regarde les hommes tomber (1994) suivi d’Un héros très discret (1996) l’ont révélé comme un excellent réalisateur. Succès public confirmé avec Sur mes lèvres (2001), De battre mon cœur s’est arrêté (2005) et surtout Un prophète, salué à Cannes en 2009 et gratifié du Grand Prix du Jury.

Résumé :

Le scénario est tiré de plusieurs nouvelles du Canadien Greg Davidson, Un goût de rouille et d’os. Ali, un colosse au cerveau limité se réfugie chez sa sœur à Antibes, accompagné de son jeune fils Sam. Il croise Stéphanie, belle et pleine d’assurance, qui exerce un métier peu banal, elle est dresseuse d’orques au Marineland. Tout les oppose, il n’a aucune chance de la séduire. Mais un terrible accident lors d’un spectacle réduit Stéphanie à se déplacer en chaise roulante, car elle a perdu l’usage de ses deux jambes (amputation jusqu’aux genoux). Ali va l’aider sans compassion, sans pitié particulière, simplement comme il est !

Analyse :



Une sorte de version très moderne de La Belle et la Bête ? non, pas vraiment, car la Belle est déchue et la Bête loin d’être un Prince transformé par un sortilège. Ce qui est singulier dans ce film, c’est le parti que prend le cinéaste de suivre pas à pas cet homme aux larges épaules, qui vit instinctivement, un être brut de décoffrage, qui a un rapport brutal avec son environnement. Il va évoluer, oui, tel un Jean Valjean découvrant le monde des sentiments, grâce à l’héroïque et mystérieuse Stéphanie, grâce à sa sœur qui le confronte assez vertement, grâce à son jeune fils Sam qu’il sauve de la noyade. Audiard, qui sait donner épaisseur à ses personnages, nous fait évoluer dans un monde à la fois réaliste et poétique. Les recherches d’emploi, le monde parallèle des combats de boxe illicites et des traficotages en entreprise, les souffrances physiques et morales de Stéphanie et sa rapide rééducation, la galère subie par la sœur au supermarché, les performances sexuelles d’Ali avec des partenaires occasionnelles, voilà pour le côté réaliste.

Le côté poétique apparaît dès le générique, lumière bleue dans une substance aqueuse, un visage de femme flotte dans une ambiance floue. Au cours du déroulement de l’histoire, il y a des nombreux ralentis, des sons étouffés, des plans silencieux ou imprégnés de la musique très élaborée d ‘Alexandre Desplat. Le sauvetage de Sam où Ali casse à mains nues la glace qui emprisonne son fils, corps rouge en suspension dans l’eau du lac (impression visuelle du générique) atteint un paroxysme de poésie tragique. Citons aussi la relation sexuelle d’Ali avec Stéphanie, filmée avec respect, qui va redonner à Stéphanie son identité de femme.

Audiard,  le réalisateur symbole du « classicisme à la française » comme le dit un critique ? Je pense plutôt qu’il est  dans ce film un très convaincant raconteur d’histoires, sachant dégager des images au reflet poétique.

(Alain Le Goanvic)