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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Elefante blanco

(Argentine/France/Espagne – 2012 – 1h45)

Réalisation : Pablo Trapero – Scénario : Pablo Trapero, Alejandro Fadel, Martin Mauregui, Santiago Mitre – Photo : Guillermo Bill Nieto – Son : Carlos Lidon – Musique Michael Nyman – Production : Pablo Trapero – Distribution France : Ad Vitam reste du paragraphe réalisation
Interprétation : Ricardo Darin (père Julian) – Jérémie Renier (père Nicolas) – Martina Gusman ( Luciana)
Auteur :

Pablo Trapero, scénariste, réalisateur et producteur argentin, est né à Buenos Aires en 1971. Il étudie le cinéma et se lance dans la réalisation de longs-métrages en 1999 (Monde Grua, sur la classe ouvrière argentine). La suite de son œuvre est fidèle à ces thèmes sociaux. Il fait partie de la Nouvelle Vague du cinéma argentin. Elefante Blanco est son neuvième  long-métrage. Il a été présenté à Cannes en 2012 dans la sélection « Un certain regard ».

Résumé :

Dans le bidonville de la Vierge, banlieue de Buenos Aires, deux prêtres et une petite équipe s’efforcent de maintenir une présence humaine aidante dans un univers dominé par le trafic de drogue et la misère. La carcasse d’un hôpital public inachevé – elefante blanco - est le cadre de leur action. 

Analyse :



Le film démarre comme un récit d’aventure avec cet épisode de village dévasté dans la forêt, alors que le père Nicolas se cache pour échapper au groupe paramilitaire qui en est la cause. Il ne sera plus question ensuite de cette mission dans la forêt, mais cette introduction permet de comprendre, dans la suite du film à quel point cela pèse dans le sentiment de culpabilité éprouvé par le père Nicolas, sentiment qui suscite probablement un désir de rachat. La scène de sa confession au père Julian le montre bien et l’absolution qu’il reçoit ne suffit sans doute pas à le libérer complètement.

Dans leur travail auprès de la population du bidonville (qui nous est montré de manière quasi documentaire)  les deux prêtres sont différents, le père Julian étant lui beaucoup plus dans un rôle de père, plus réaliste et raisonnable mais dont la générosité est sans failles. C’est lui qui cherche à négocier avec les autorités municipales ou ecclésiastiques, que ce soit à propos de la poursuite du chantier de l’hôpital ou la construction de maisons. Le père Nicolas semble plus audacieux et prêt à prendre de gros risques mais peut-être se comporte-t-il comme un adolescent fougueux, un peu inconscient, et qui aura besoin du soutien physique et affectif  des autres. C’est lui qui est au centre de quelques scènes très mouvementées dans lesquelles le réalisateur déploie tout son talent : courses poursuites dans le dédale des corridors et des ruelles du bidonville, scènes de foule…..   

Ce film montre avec réalisme à la fois l’ampleur de la tache (on pense à Sisyphe !) et la nécessaire solidarité entre ces quelques militants qui ne sont pas nécessairement des « soldats de Dieu » : Luciana, l’assistante sociale, est athée. Tous sont menacés de désespoir et de désir d’abandon.

C’est de générosité, de solidarité et d’engagement qu’il est question dans ce récit. Et de lueurs d’espoir aussi, particulièrement lorsque le père Julian présente un ancien enfant du bidonville resté auprès d’eux, comme prêtre engagé lui aussi auprès de cette population dominée par les cartels de la drogue et leur rivalité permanente. Espoir aussi lorsque Luciana réussit à ramener le père Nicolas à une manifestation en faveur de la mémoire du père Julian. Osons le qualificatif d’évangélique pour ce film dont le générique de fin nous apprend qu’il a été réalisé à la mémoire d’un prêtre assassiné dans ce bidonville. Et les acteurs, qu’ils soient professionnels ou amateurs, évitent toute emphase et sont criants de vérité.

(Maguy Chailley)