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Cinéma

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Elena

(Russie – 2010 - 109 minutes)

Réalisation : Andreï Zviaguintsev - Scénario : Oleg Neguine , Andreï Zviaguintsev - Producteurs : Alexandre Rodnianski, Non Stop production - Distribution en France : Pyramides Films
Interprétation : Nadejda Markina ( Elena), Andreï Smirnov (Vladimir), Alekseï Rozine (Sergueï), Elena Liadova (Katia)
Auteur :

Né en 1964 à Novossibirsk, Andreï Zviaguintsev s’est d’abord tourné vers le théâtre, après avoir été admis en 1986 au prestigieux Institut du théâtre de Moscou. Après la chute de l’URSS, il tourne pour survivre des scénarios publicitaires, ce qui lui ouvre l’accès à la télévision et au cinéma. En 2003, son premier film, Le retour, lui assure une célébrité internationale avec notamment un Lion d’or à Venise. Le bannissement  (2006) obtient le meilleur rôle masculin à Cannes en 2006. Elena a obtenu le prix spécial du jury Un certain regard à Cannes en 2011 et un Aigle d’or meilleur film de fiction à Moscou en janvier 2012.

Résumé :

Elena, la quarantaine, a épousé en secondes noces, un homme riche, Vladimir, dont elle s’est d’abord occupée comme aide-soignante et tous deux habitent un très luxueux appartement du centre de Moscou. Pourtant lui comme elle, élevés dans l’ex-URSS où luxe et richesse étaient bannis, ne semblent pas très à l’aise. Vladimir apprécie tout de même de pouvoir se rendre, dans sa belle voiture, dans un club de sports haut de gamme et très fermé, et de gâter sa fille Katia. Elena, qui déteste sa belle-fille, aime de son côté retrouver les siens, enfants et petits enfants qui vivent chichement dans la banlieue laide et délabrée où elle a longtemps vécu. Le conflit latent éclate lorsque Vladimir parle de testament. Le film bascule dans le thriller.

Analyse :



Vingt ans tout juste après l’éclatement de l’URSS, le troisième long métrage de Andreï Zviaguintsev montre le contraste, dans la Russie d’aujourd’hui, entre la vie des riches (luxe, calme et sécurité dans le centre de Moscou) et celle des pauvres (ennui, alcoolisme, et délinquance dans une banlieue lointaine, délaissée). Le personnage d’Elena, femme sans charme mais maligne, qui a changé, par chance ou calcul, de classe sociale, est très intéressant. On la voit, le visage impénétrable, s’occuper de son mari et du ménage dans un cadre qui lui semble étranger, puis retrouver une plus réelle identité avec sa famille, qu’elle aide, bien que son bon à rien de fils ne le mérite guère. Comme dans ses autres films Zviaguintsev décortique les rapports familiaux, ici les liens homme-femme, père-fille, mère-fils, mère-bru. On retrouve ici encore son goût pour les retournements de situation. Plans longs, rythme lent…,  la camera glisse avec fluidité et précision d’un univers psychologique ou social à l’autre. Les acteurs sont excellents, notamment Nadejda Markina, dont le visage impassible  et les gestes mécaniques, fatalistes, rendent le personnage encore plus scandaleux. La jolie Elena Liadova campe avec finesse et vie une jeune fille intelligente, délurée, qui sait jouer avec le nouveau système économique et qui est, comme Elena, un produit de l’Histoire exceptionnelle du pays.

(Françoise Wilkowski.Dehove)