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Cinéma

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Et maintenant on va où ?

France 2011, 1h50

Réalisation : et scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Rodney Al Haddad, avec collaboration de Thomas Bidegain - Musique : Khaled Mouzanar - Photographie : Christophe Offenstein - Montage : Véronique Lange - Production : Les Films des Tournelle- Distribution France : Pathé Distribution
Interprétation : Nadine Labaki (Amal) et des acteurs amateurs
Auteur :

Nadine Labaki est libanaise et a fait des études de cinéma à l’université privée Saint Joseph de Beyrouth. Son film de fin d’études, 11 Rue Pasteur est couronné, en 1998, par le prix du Meilleur court-métrage à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Son premier long-métrage, Caramel, tourné en 2006, obtient un succès retentissant après sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2007. Le second, Et maintenant on va où ?, était présenté au Festival de Cannes 2011 à la Sélection d’Un certain regard et y a obtenu le Prix François Chalais qui récompense un film partageant les valeurs du journalisme et une Mention du Jury œcuménique.

Résumé :

Dans la vie calme d’un village du Moyen-Orient, l’irruption d’une vieille télévision et les informations qu’elle rapporte sur les conflits sanglants alentour, plongent les habitants dans une forte tension entre chrétiens et musulmans. Les hommes, prêts à exploser à la première occasion, tiennent des réunions enflammées. Les femmes, alors, se mobilisent pour amener leurs maris, leurs frères, ou leurs fils à désarmer. Elles imaginent plusieurs stratagèmes aussi comiques que peu efficaces, tout d’abord. Par contre, leur dernière idée semble déboussoler les plus acharnés qui, comme l’indique le titre du film, ne sauront plus où aller, dans un cimetière où un côté est chrétien et l’autre musulman.

Analyse :



Les femmes contre la guerre, c’est un thème abordé dans la littérature depuis plusieurs siècles, en particulier par Aristophane dans Lysistrata. Nadine Labaki s’est sentie concernée : elle a appris qu’elle était enceinte alors que de lourdes menaces pesaient sur Beyrouth. Elle va donc se peindre dans chacune de ces femmes, vives, la parole facile et le verbe haut, qui n’admettent pas la violence. Elle fait le choix d’une comédie musicale, d’un ton léger, de situations comiques, d’un humour enlevé malgré la gravité du sujet. On passe abruptement de l’hilarité aux larmes et, dans les dernières images, l’émotion d’un enterrement fera place à un rire libérateur face à l’indécision du cercueil. Malgré les difficultés dues à ces brusques changements de ton, la musique réussit à accompagner les sentiments du spectateur en évitant le mélo. Le tournage a eu lieu dans un village libanais où se trouvaient, côte à côte, une église et une mosquée, de manière à montrer qu’une entente avait été possible. Les acteurs, presque tous amateurs mais dont le jeu est très juste, ont été recrutés dans les environs. Nadine Labaki joue le rôle d’Amal (dont le nom signifie ‘la paix’) la tenancière chrétienne du bar où se retrouvent la plupart des hommes du village. Amal est secrètement amoureuse de Rabih, le peintre musulman qui repeint son local. Cette situation va donner aux femmes l’idée perturbatrice qui pourra, on l’espère, résoudre le problème. Il s’agit bien sûr d’une fable, d’un village imaginaire, mais qui pourrait bien se trouver n’importe où dans le monde, en Inde, au Rwanda, partout où on rencontre des conflits entre tribus ou religions. Restons vigilants. (Nicole Vercueil)

(Nicole Vercueil)