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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Et si on vivait tous ensemble ?

(France, Allemagne 2012, 1h36)

Réalisation : Stéphane Robelin , scénario : Stéphane Robelin, scripte : Nancy Rivas, photographie : Dominique Colin, son : Florent Blanchard, musique : Jean-Philippe Verdin, distribution : Bac Films
Interprétation : Jane Fonda (Jeanne), Pierre Richard (Albert), Géraldine Chaplin (Annie), Claude Rich (Claude), Guy Bedos (Jean), Daniel Brühl (Dirk)
Auteur :

Diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) à Nice en 1993, Stéphane Robelin réalise trois courts-métrages : Rue des Morillons (1994), Enculé! (1995) et Pile ou face (1996). Après un travail pour des publicités et plusieurs documentaires, il sort en 2004 son premier long-métrage, Realmovie, sur la frontière entre réel et fiction, assez mal accueilli par la presse. Pour Et si on vivait tous ensemble ? il réunit une belle brochette d’acteurs connus.

Résumé :

Cinq personnes d’âge avancé décident de vivre ensemble pour protéger l’un des leurs, menacé d’être placé en maison de retraite, décrite comme le lieu de toute déchéance. La cohabitation pose un certain nombre de problèmes car chacun des cinq a son caractère. Un jeune étudiant en ethnologie en mal de trouver un sujet de thèse se laisse convaincre de les prendre comme sujet d’étude. Déboussolé par la vitalité de ces septuagénaires, surtout quand il est question de sexualité que notamment Jeanne aborde sans complexe, il s’épanouit à leur contact.

Analyse :



Le sujet est osé. On n’a pas l’habitude de voir les « vieux » sous cet angle. Moins osé cependant que Septième ciel (Wolke neun) d’Andreas Dresen. Stéphane Robelin reste dans les limites de la bienséance. Les questions soulevées sont sérieuses et concernent une partie grandissante de la population. Pourtant, elles sont traitées avec une légèreté rafraichissante. Si les blagues et les quiproquos sont parfois convenus ou téléphonés, empruntant au vaudeville le cocasse de certaines situations, il s’agit là d’un antidote tout à fait légitime à la gravité de la situation qui, autrement, aurait pu rebuter le spectateur.
Car l’un des protagonistes (Albert) est atteint d’Alzheimer, tandis que Jeanne va mourir.  Ce qui est à relever, c’est que l’enterrement de cette dernière ne donne pas lieu à une scène pseudo-religieuse comme c’est souvent le cas dans nos films. Aucune référence à la religion ne vient troubler ce face à face des personnages avec leur finitude.  Et c’est sans doute là, avec l’humour, le plus point le plus fort du film. Car plaquer des réponses rituelles sur un questionnement existentiel fait écran à la possibilité d’une rencontre spirituelle vraie. Il y a 70 ans, Dietrich Bonhoeffer (dans Résistance et soumission) mettait déjà en garde contre la récupération facile du désarroi des hommes par un genre de chantage religieux. C’est ici parfaitement débarrassés de toute pieuserie factice que les personnages du films cherchent une attitude viable face aux questions dernières. Et ils la trouvent dans une solidarité sans faille, un vivre ensemble qui n’exclue pas les disputes – parfois hilarantes -, ni les désaccords, mais qui prend en charge chacun tel qu’il est. C’est réjouissant.

Daniel Brühl a dit dans la conférence de presse au festival de Locarno qu’au milieu des autres acteurs il se sentait le plus vieux de tous, tant les autres étaient de vrais cabotins. Visiblement : ils s’amusent – et amusent le spectateur, tout en signant un appel au souci de l’autre, sans jamais se prendre au sérieux.

(Waltraud Verlaguet)