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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Etre là

(Documentaire noir et blanc, France 2012, 94mn)

Réalisation : et scénario: Régis Sauder - Directeur de la photo : Régis Sauder, Jérôme Olivier - Son : Pierre-Alain Mathieu - Montage image: Florent Mongeot - Montage son: Pierre Armand - Musique: Gildas Etevenard - Production : Shellac Sud. Producteur : Thomas Ordonneau - Distributeur France : Shellac distribution.
Interprétation : Sophie Sirère, Aude Daniel, Marion Ternaux, Anne Bacci, Séverine Grégoire, Catherine Paulet, Corinne Colona, Marie-Pascale Chenesseau.
Auteur :

Régis Sauder est un documentariste français  réalisateur de plusieurs moyens métrages dont  en 2006  Le Lotissement, à la recherche du bonheur (bonnes et mauvaises surprises de nouveaux propriétaires) ; en 2008 L'Année prochaine à Jérusalem(témoignages des juifs du  camp de transit du Grand Arénas à Marseille entre 1945 et 1966.) ;  en 2009 Nous, princesses de Clèves (travail d’un groupe d’élèves du lycée Diderot, classé en ZEP et situé dans les quartiers nord de Marseille).

Résumé :

Elles sont psychiatres, infirmières ou ergothérapeutes à la maison d'arrêt des Baumettes à Marseille et reçoivent des détenus devenus patients le temps du soin. Elles sont là à l’écoute d’hommes en souffrance… mais à quel prix pour leur équilibre personnel.

Analyse :



Il se trouve que ce film sort en salle au moment même où éclate dans la presse le scandale de la prison des Baumettes que caractérisent des conditions d’hygiène si effroyables et une telle  violation  des droits fondamentaux que le contrôleur général des lieux de privation de liberté a déclenché une procédure d’alerte  d’urgence. C’est dans ce contexte que, depuis de nombreuses années, une équipe exclusivement féminine se tient aux côtés de ceux des  détenus qui présentent une pathologie psychiatrique (80%  d’après une étude de 2004). Être là, c'est rejoindre cet espace précieux de l'écoute – véritable bouffée d’oxygène derrière les murs de la prison dont témoigne le cinéaste. Celui-ci fait des contraintes du lieu - l'interdiction de montrer les traits des prisonniers eux-mêmes - un atout de ce témoignage. Filmés en plans serrés, les visages nus des soignantes psychiatriques reflètent leur inlassable patience et leur attention bienveillante  à ceux qui, hors champ, murmurent ou crient leur mal-être. Sur un terrifiant et quasi incessant fond sonore  fait de bruits de portes et d'écrous,  de hurlements, d’appels au secours, le spectateur est lui-même pris à témoin de la déstructuration de la personnalité qui est à l’œuvre entre ces murs et contre laquelle luttent ces femmes, autant pour les détenus que pour elles mêmes. Pour résister à l’envie de fuir, elles questionnent entre elles leur travail psychiatrique en prison et se  confient aussi à leur carnet comme l'une d’elles qui  lit, face à la  caméra, des textes où elle s'interroge sur le dilemme de sa mission : si elle reste, elle a le sentiment de  cautionner le système carcéral ; si elle part d'abandonner ses patients. Ce film, véritable réquisitoire contre les conditions d’enfermement des détenus et de travail des soignantes, rend également sensible le caractère insupportable de ces  temporalités différentes : à la densité harassante des journées de l'équipe médicale répond la longueur mortelle de celles des détenus, rivés pour certains au passage des heures qui séparent deux prises de médicaments.

(Jean-Michel Zucker).