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Cinéma

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Habemus Papam

( Italie - 2011- 1h45)

Réalisation : Nanni Moretti - Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo et Federica Pontremoli - Photo : Alessandro Pesci – Décors : Paloa Bizzarri – Musique : Franco Piersanti - Montage : Esmeralda Calabria – Son : Alessandro Zanon – Production : Sacher Films – Distribution : Le Pacte.
Interprétation : Michel Piccoli (Melville) – Nanni Moretti (Brezzi), Jerzy Stuhr (le porte-parole) – Renato Scarpa (Cardinal Gregori) – Franco Graziosi (Cardinal Bollati) – Margherita Buy (la psychanalyste)
Auteur :

Nanni Moretti est né en 1953 à Brunico (Italie). A 20 ans, dès son premier court métrage, il est réalisateur et acteur et traite de problèmes intimes sur fond de politique. En 1976, Je suis un autarcique est remarqué. En 1978, Ecce Homo est présenté à Cannes. En 1986, il crée sa maison de production, Sacher Films. En 1994, Journal intime est prix de la mise en scène à Cannes. Suivent April, La chambre du fils, palme d’or en 2001. En 2006, Le Caïman malmène l’image de Berlusconi. Engagé et souvent nombriliste, Moretti est un cinéaste controversé.

Résumé :

Au Vatican, les cardinaux sont réunis en conclave pour élire le nouveau pape. Vote difficile. Enfin la fumée blanche s’élève. Mais la foule attend en vain sous le balcon papal. L’élu refuse sa charge. Aussitôt le secret s’organise, rien ne doit filtrer, et les moyens les plus inattendus sont mis en place pour rétablir la situation.

Analyse :



Face à face, deux foules, celle des croyants anonymes, grise, mouvante et tentaculaire, bienveillante mais exigeante ; et l’autre, derrière les hauts murs, le groupe massif des cardinaux, le Vatican et ses traditions, ses ors et ses responsabilités. Entre les deux, Melville, nouveau pape élu. Porté par la joie des autres cardinaux, il accepte sa charge. Mais très vite, dans les minutes qui suivent sa nomination, écrasé par la solitude et l’immensité de sa tâche, il fuit, et son errance dans les rues de Rome apportera une réponse à son angoisse.

La pression de ces deux groupes humains omniprésents sur l’image, le regard souvent traqué de Piccoli, donnent une dimension humaine intense à cette histoire pas banale traitée avec humour. La tentative de psychanalyse de Melville par Brezzi, psychanalyste renommé, dans cette salle superbe, au milieu des cardinaux qui n’en perdent pas une miette, est un régal. De même que le tournoi de volley entre les cardinaux, organisé par le psy, pour occuper ses hôtes forcés. Beaucoup de tendresse de la part de Moretti pour ses personnages.

Pour Moretti, c’est évident : au Vatican, Dieu est le grand absent. A l’image du nouveau pape dont on procure aux cardinaux l’illusion qu’il médite dans ses appartements, en remuant les rideaux de sa chambre, alors qu’il s’est évadé du palais depuis deux jours. Et c’est bien l’absence divine qui empêche Melville de se sentir assez fort pour suivre la voie tracée pour lui par les autres cardinaux, par la foule qui attend devant la porte, par le monde qui le guette devant ses postes de télévision. Nanni Moretti se proclame non-croyant et nous montre une Église dominée par de sympathiques vieillards dépassés, coupés du monde qui les entoure. Mais où est donc Dieu s’il n’est plus au Vatican ? Peut-être, comme Melville, dans la foule qui cerne le palais, et qui attend un signe de lui… une fumée blanche.

(Catherine Forné)