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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Hannah Arendt

(Allemagne/France – 2013 – 1h53)

Réalisation : Margarethe Von Trotta – Scénario : Margarethe Von Trotta et Pamela Katz – Photographie : Caroline Champetier – Son : Greg Vittore - Montage : Bettina Böhler – Production : Heimatfilm Gmbh – Distribution France : Sophie Dulac Distribution
Interprétation : Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, Julia Jentsch, Michael Degen, Ulrich Noethen
Auteur :

Margarethe Von Trotta est née en 1941 à Berlin. Elle est actrice, scénariste et réalisatrice. Après des études d’arts plastiques, puis de philologie, elle se forme en art dramatique. Sa carrière d’actrice la fera jouer entre autres pour Fassbinder. Elle passe à la réalisation à la fin des années 70. Quelques titres : L’honneur perdu de Katharina Blum, Les années de plomb, Rosa Luxembourg, Les années du Mur….  Avec Hannah Arendt elle poursuit son travail de clarification du lourd passé de l’Allemagne. 

Résumé :

1961 – La philosophe juive allemande Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par le New-Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichman, responsable de la déportation de millions de juifs. Les articles qu’elle publie, et sa théorie de la « banalité du mal » déclenchent une violente controverse. Son obstination et l’exigence de sa pensée se heurtent à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement. 

Analyse :



C’est une gageure que de vouloir faire passer la pensée politique d’Hannah Arendt dans un film. La réalisatrice y parvient tout en donnant chair à la philosophe, à travers sa vie privée, sa vie amicale et sa vie professionnelle, soucieuse avant tout de valoriser la pensée. Et l’admirable jeu d’actrice de Barbara Sukowa est pour beaucoup dans la réussite de cette entreprise. .
Ainsi nous apparaît peu à peu comment sa réflexion se déploie à travers les échanges avec son mari, des amis juifs new-yorkais et israéliens. Nous voyons comment l’observation du personnage d’Eichman lors de son procès, va l’amener à soutenir qu’il est un homme banal et non un monstre, ce qui la conduit au concept de « banalité du mal » que refusent la plupart des juifs rescapés. La manière dont sont utilisées les images d’archives de ce procès est très habile : c’est Eichman lui-même qui nous est montré argumentant pour sa défense et c’est un vieux juif rescapé qui est amené à évoquer le rôle des « conseils des anciens » dans les ghettos et lors des rafles.     
Ce film n’est pas simplement du théâtre filmé où les dialogues seraient l’essentiel. Beaucoup d’images sont emblématiques : - le plan introductif qui fait s’approcher vers le spectateur deux phares dans la nuit, symbolisant peut-être l’exigence de vérité qu’aura Hannah au milieu d’un discours tout prêt et sans nuances - un plan large de la ville de New-York avec toutes ses lumières qui fait écho à ce qu’Hannah déclare (à ses étudiants le lui demandant) ce qu’a été pour elle l’Amérique : « le paradis » - des ruelles de Jérusalem dans lesquelles elle croise des juifs orthodoxes, rappelant au spectateur ce qu’est devenu l’ancienne capitale de la Palestine – cette « plongée » écrasante sur la philosophe dans le grand amphi de l’université, où elle va être amenée à justifier ses positions….     

Le spectateur qui découvrira Hannah Arendt grâce à ce film aura peut-être du mal à se repérer dans la biographie de la philosophe. Certes il y a quelques flash-back. Et les conversations entre les personnages font allusion à des éléments de sa vie passée. Mais la rapidité des échanges et la nécessité de lire les sous-titres (ces conversations sont tantôt en allemand tantôt en américain) rendent parfois difficiles l’intégration des propos tenus dans la trame du récit. On sera alors incité à s’informer plus avant en puisant à d’autres sources.

(Maguy Chailley)