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Cinéma

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Hugo Cabret

(Etats-Unis - 2011 - 2h09)

Réalisation : Martin Scorsese - Scénario : John Logan d'après le roman de Brian Selznick - Images : Robert Richardson - Montage: Thelma Schoonmaker - Décor : Dante Ferreti - Musique : Howard Shore - Distribution française: Metropolitan Filmexport
Interprétation : Asa Butterfly (Hugo), Chloe Grace Moretz (Isabelle), Ben Kingsley (Méliès), Baron Sacha Cohen (détective de la gare), Jude Law (papa Cabret)
Auteur :

Né à New York en 1942, Martin Scorsese obtient sa maîtrise de cinéma en 1966 à la Tisch School où il enseignera jusqu’en 1970. Son premier long métrage, Who's That Knocking at My Door, sort en 1969. En 1976, il obtient la Palme d’or au festival de Cannes avec Taxi driver. Alors qu’adolescent il voulait entrer au séminaire, son film La dernière tentation du Christ fait scandale en 1988. Sa filmographie est impressionnante mais sa passion pour l’histoire du cinéma le pousse à créer en 1990 The Film Foundation pour la préservation du patrimoine cinématographique mondial. C’est ce souci de l’histoire du cinéma, ainsi que sa passion pour tout ce qui est novateur, qui semble l’avoir motivé dans la réalisation de ce film, qui a remporté 5 Oscars 'techniques' en 2012.

Résumé :

Au tournant des années 30, Hugo Cabret est un jeune orphelin qui vit caché dans les coulisses de la gare Montparnasse. Son père décédé lui a légué un automate qu'il s'est donné pour mission de réparer, mais une clé lui manque. Par de menus larcins, il se fournit en outils et en pièces détachées pour son travail, tout en remontant scrupuleusement les horloges de la gare. Sa rencontre avec Georges Méliès va être un tournant dans ses recherches.

Analyse :



La mise en situation de début du film recrée à Paris un univers de Dickens. Hugo doit échapper aux crocs acérés de l’énorme doberman, auxiliaire du terrible inspecteur de la gare : la chasse aux jeunes enfants isolés, tellement semblable à celle faite aux chiens perdus, suggère que l’orphelinat doit beaucoup ressembler à la fourrière. Les couloirs tubulaires des coulisses de la gare, les verrières, les poutrelles métalliques, les mécanismes que Hugo remonte régulièrement, forment son univers familier et protecteur mais aussi le féerique domaine du conte, dont le scénario met en place les divers éléments : le secret auquel il est tenu pour cacher son mode d’existence, la quête d’une clef qui redonnera vie à son robot, seul objet lui rappelant sa vie passée avec son père, le grimoire, précieux carnet où sont notées toutes les précisions sur le montage et la réparation du robot. La perte du carnet saisi par… Georges Méliès est la première épreuve qu’il doit surmonter, et qui lui fait réintégrer graduellement la société qu’il redoutait.

Une fois la clef trouvée, seconde partie et nouvelle quête, celle de l’amour qui mène à la vie : la clé de l'automate est en forme de cœur, Hugo s'ouvre au monde quand il trouve une famille pour l'aimer, le détective redevient humain, et Méliès s'apaise lorsqu’il voit son œuvre appréciée. Mais pour découvrir les liens de l’automate avec Georges Méliès, c’est l’histoire du cinéma que l'on a exploré : premiers films des frères Lumière, tournage reconstitué dans le studio de Méliès, recyclage de ses films en produits chimiques… et nombreux clins d'yeux au patrimoine (le scénariste Brian est parent des célèbres producteurs Selznick) : Monte là-dessus (Harold Lloyd suspendu à l'horloge), Notre Dame de Paris (Quasimodo dans Notre-Dame), Le fantôme de l’Opéra (caché dans le palais Garnier), ou encore la redécouverte récente à Barcelone du film de Méliès, Le voyage dans la Lune, colorisé par ses soins, et restauré récemment à Bologne.

Hugo Cabret est un film magique, où l'imaginaire et la réalité deviennent indiscernables. La Seine sinue dans Paris loin du pied de la Tour Eiffel, les labyrinthes insensés des superstructures de la Gare réinventée jouent le rôle d'une forêt angoissante, mais la chute d'une locomotive à travers la verrière est historique (1895) et l’essentiel des éléments de la vie de Méliès rapportés dans le film sont véridiques : il avait, par exemple, fait don d’un automate au Musée des Arts et métiers (qui l’a perdu) et vendit avec Jeanne des jouets en gare Montparnasse.

(Nicole et Jacques Vercueil)