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Cinéma

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I wish (Nos voeux secrets)

(Japon - 2011 - 2H08)

Réalisation : Hirokazu KORE-HEDA - Scénario et dialogues : Hirokazu KORE-HEDA - Image : Yutaka YAMAZAKI - Son : Yutaka TSURAMAKI - Musique : QURULI - Montage Hirokazu KORE-HEDA. - Distribution : Wild Side Films.
Interprétation : Koki MAEDA (Koichi), Oshiro MAEDA (Ryunosuke), Nene OHTSUKA (Nozomi, la mère), Joe ODAGIRI (Kenji, le père), Kyara UCHIDA (Megumi).
Auteur :

Cinquantenaire en 2012, Hirokazu KORE-HEDA fait partie des grands cinéastes japonais de la génération actuelle. Si certains de ses films explorent les voies du fantastique comme After Life (1999) ou abordent l’adaptation de mangas comme Air Doll (2009), il est avant tout un bouleversant peintre de l’enfance et un analyste subtil des relations intergénérationnelles contemporaines. Dans Nobody Knows (2004) il met ainsi en scène une mère élevant seule cinq enfants, tous de pères différents, tandis que l’admirable Still Walking (2006) se déroule dans le cadre d’une famille où les parents, déjà âgés, reçoivent leurs enfants à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’un de leurs fils, disparu accidentellement vingt ans plus tôt.

Résumé :

Koichi (12 ans) et Ryu (10 ans) sont deux frères que le divorce a séparés. Koichi vit avec sa mère dans l’île de Kyushu, au pied de l’inquiétant volcan Sakurajima, tandis que Ryu habite dans le nord du pays avec son père, un guitariste rock. La création d’une nouvelle ligne nord sud du Shinkansen, le TGV japonais, va leur donner l’espoir de se retrouver : une superstition populaire veut qu’un souhait prononcé au moment où le Shinkansen passe au point de croisement de deux voies, soit exaucé. Une expédition clandestine est alors organisée par les enfants en direction de ce point où Koichi pourra prononcer son vœu de voir se produire une éruption forçant sa mère à partir et à rejoindre son père.

Analyse :



« Kiseki », le titre japonais du film, signifie « Miracle ». Au delà de celui qu’espèrent les enfants, c’est un véritable petit miracle de justesse et de tendresse que nous offre là Hirokazu Kore-Heda. Rien de plus difficile qu’un film sur l’enfance. Truffaut savait faire, on se souvient des Quatre cents coups. Dans un tout autre registre, Hirokazu Kore-Heda l’égale, et ce n’est pas un mince compliment. Une telle réussite est peut-être une question de la place d’où filme le cinéaste. Lui, il a choisi la sienne : au milieu des enfants, partageant leur univers. Avec bonhomie. Avec indulgence. Avec lucidité. Avec drôlerie. Et pourtant…

Et pourtant ce film lumineux et gai est aussi un film grave. Parce que l’accompagne en bruit de fond la basse continue de Fukushima. Parce qu’il y a ce volcan menaçant entouré de  nuées, le Sakurajima, et que tombent sur la ville des cendres dont il faut sans cesse enlever les traces. Parce que, renonçant au dernier moment à prononcer son vœu initial, Koichi change, vieillit comme la Zazie de Raymond Queneau, et fait passer la solidarité avec les siens au dessus de son  chagrin d’enfant. Parce que cette mutation/maturation d’un enfant résonne comme une illustration sans emphase de la capacité irréductible du peuple japonais à savoir rester debout sous la foudre. Et la dernière image en ce sens est admirable, qui montre Koichi levant l’index pour sentir la direction du vent et dire avec un air grave de futur homme : « Il n’y aura pas de cendres aujourd’hui ! ». 

(Jean Lods)