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Cinéma

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Ici-bas

(France, 2011, 1h40)

Réalisation : Jean-Pierre Denis Scénario: Jean-Pierre Denis, Yvon Rouvé, Richard Boidin - Photo: Claude Garnier - Son: Ludovic Hénault - Musique: Michel Portal - Montage: Laurence Badewin - Décoration: François Chauvaud - Production: Araprod, France 3 Cinéma - Distribution: Pyramide Distribution.

Céline Salette (Sœur Luce), Eric Caravaca (Martial), François Loriquet (Victor),  Maud Rayer (Mère Supérieure), Adeline D’Hermy (Sœur Camille), Jacques Spiesser (l’Evêque), Nelly Antignac (Adrienne), Yves Beneyton (Père Simon).

Auteur :

Né en 1946 en Dordogne, Jean-Pierre Denis étudie le droit à Bordeaux puis à Paris et deviendra inspecteur des douanes. Il est aussi un cinéaste autodidacte et éclectique qui s'intéresse à des êtres à part violemment confrontés à la vie. Ses 5 longs métrages en 30 ans ont fait date : le premier, Histoire d'Adrien (1980) (Caméra d'or à Cannes), en langue occitane, était le portrait d'un ouvrier périgourdin au début du XXe siècle ; puis, après La Palombière (1983) et Champ d'honneur (1987) (sélection officielle à Cannes), Les Blessures assassines (2000) lui vaudra ses premières nominations aux Césars ; enfin La Petite Chartreuse (2005).

Résumé :

Fin 1943, Sœur Luce, une religieuse à la dévotion et au dévouement exemplaires, est infirmière à l’hôpital de Périgueux. La rencontre d’un aumônier, Martial, passé dans les rangs du maquis et à la foi profondément ébranlée, bouleverse son existence. De l’amour du Christ à celui d’un homme, Sœur Luce vit une passion pour laquelle elle finit par quitter le couvent.

Analyse :



Fortement ancrée dans le temps mauvais de l’occupation allemande et le terroir  périgourdin du réalisateur, et basée sur un authentique fait divers - celui d’une  religieuse jugée et fusillée en 1944 pour délation -,  l’histoire vertigineuse de sœur Luce et de l’aumônier Martial plonge le spectateur en pleine tragédie racinienne.

Le premier acte en expose brièvement le germe: l’enfance de Luce, née pendant la grande guerre, qui se construit, en l’absence du père, au contact du curé du village et des images pieuses. Luce deviendra religieuse et, comme ses sœurs, entre le couvent et l’hôpital, va se dévouer aux soins des blessés. Le drame se noue lorsque, rencontrant parmi ceux-ci Martial, elle vit une illumination ambiguë pour cette image du Christ, passion probablement humaine qu’elle croit pouvoir légitimer en tentant tout d’abord de la sublimer en un lien divin. La double blessure de la matérialité du désir sexuel de Martial et de son indifférence sera infligée à cette passion qui conduit irrésistiblement Luce, comme Phèdre ou Médée, à la solitude et au crime. C’est ainsi que, remplis d’horreur et de pitié, nous assistons au naufrage d’une sainte qui se mure dans sa souffrance et  devient martyre de sa faute.

On doit à l’intensité de l’expression du visage de Céline Sallette et au feu profond qui couve dans ses magnifiques yeux bleus ce portrait captivant qui nous fait chavirer dans un climat qui convoque aussi Bernanos et Mauriac. En face de cette femme aspirée par une illusion mortelle, Eric Caravaca exprime quant à lui admirablement le doute qui l’envahit au contact de la prégnante réalité du Maquis qui se déploie dans la splendeur visuelle et la sensualité désespérée des paysages d’automne, soulignées par la poignante musique de Michel Portal.

(Jean-Michel Zucker).