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Cinéma

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Il était une fois en Anatolie

(Turquie – 2011 – 2h37)

Réalisation : Nuri Bilge Ceyaln – Scénario et dialogues : Nuri Bilge Ceylan - Photo : Gokhan Tiryaki - Montage : Bora Göksingol - Son : Thomas Robert - Production : Zeynofilm - Distribution : attachée de presse Vanessa Jerrom.
Interprétation : Muhammet Uzuner (docteur Cemal), Yilmaz Erdogan (commissaire Naci ), Taner Birsel (Procureur Nusret), Firat Tanis (Kenan, le suspect).
Auteur :

Nuri Bilge Ceylan, né en 1959, à Istambul (Turquie), obtient un diplôme d’ingénieur, puis étudie la mise en scène. Son premier long métrage, Kasaba, en 1998, est primé au festival d’Angers. En 2001, Nuages de mai est sélectionné à Berlin. En 2003, Uzak obtient le Grand Prix de Cannes. En 2006, Les climats, puis en 2008 Les trois singes, primé à Cannes (Mise en scène). Il était une fois en Anatolie a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2011. Ceylan est considéré comme le plus grand réalisateur turc actuel.

Résumé :

C’est la nuit, dans la campagne anatolienne, trois voitures se suivent lentement sur les routes sinueuses et désertes. Le commissaire de police emmène le procureur, le médecin légiste à la recherche du corps de la victime. Le suspect, dans une des voitures, guide la caravane, se trompe à plusieurs reprises. L’errance dure toute la nuit. La vérité apparaîtra avec la lumière du jour.

Analyse :



Les paysages nocturnes de l’Anatolie, mouvants, traversés par les phares des voitures qui serpentent sans fin se révèlent au matin lumineux et sauvage. Le film est tout en ombres et lumières. Obscurité de la nuit, des hommes englués dans leur quotidien, dans leur univers viril encore enfantin. Lumière des phares et du feu de bois, luminosité de la jeune vierge timide éblouissante. Son apparition sortant de la nuit, visage éclairé par sa lampe à huile est l’acmé, le tournant du film, un moment de grâce où le temps s’arrête, comme le souffle de chacun de ces hommes fascinés par la vision digne d’un tableau de Latour. Après le passage de cette lumière parmi eux, ils ne seront plus les mêmes. De part et d’autre de cette scène, le film se compose de deux parties d’égales longueurs. D’abord la longue quête dans la nuit, où le groupe d’hommes cherche, tâtonne, se trompe, recommence, où les conversations dans les voitures tournent autour du fromage de buffle, de la prostate du procureur, du concret, du sensuel, où le médecin et le procureur se parlent, se découvrent.

Puis la lumière du matin avec les tâches précises à accomplir, la réalité qui reprend le dessus, la vérité à affronter. Les figures de femmes sont rares, deux seulement, et sublimées. La jeune fille pure, douce, obéissante, et la mère dévouée et forte qui devra désormais élever seule son fils.

La caméra passe du lointain au gros plan en un va-et-vient incessant : paysages vallonnés où s’étirent les routes, visages fatigués des policiers entassés dans les voitures, visage intelligent et fin du médecin, visage marqué du procureur qui cherche une réponse à la question qui le hante, visage hébété de l’assassin… mais est-il vraiment le tueur ? Les personnages sont intéressants, très attachants, le film parsemé d’humour, les images superbes, on savoure chaque instant de ce long voyage.

(Catherine Forné)