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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Into the abyss

(Documentaire :Allemagne, Etats-Unis, Canada. 2011 107mn)

Réalisation : et Scénario: Werner Herzog – Photographie : Peter Zeitlinger - Montage : Joe Bini - Son :Eric Spitzer - Musique : Mark de Gli Antoni – Production : Investigation Discovery, Creative Differences, Skellig Rock - Distribution : Wild Bunch/Why not Productions.
Interprétation : Werner Herzog (voix off), Michael Perry (lui-même), Jason Burkett (lui-même), le reverend Richard Lopez (lui-même), Fred Allen, ancien bourreau (lui même).
Auteur :

Né en 1942, Werner Herzog  est l'un des représentants majeurs du Nouveau cinéma allemand, tendance expressionniste, des années 1960–1970. Après avoir créé sa maison de production et réalisé quelques courts métrages, son premier long métrage, Signes de vie, remporte l'Ours d'argent en 1968 au Festival de Berlin. Aimant les personnages et les acteurs excessifs et marginaux, il fera de Klaus Kinski son acteur fétiche (Aguirre, Nosferatu, Fitzcarraldo) et ses tournages sont toujours des aventures mouvementées.

Résumé :

Le 24 octobre 2001, dans la petite ville de Conroe au Texas, Jason Burkett et Michael Perry, en quête d'une voiture à voler, et dans un état avéré de défonce, abattent de sang-froid Sandra Stotler, son fils Adam et l'ami de ce dernier, Jeremy. Agés d’à peine 19 ans, ils sont condamnés : Burkett à la prison à perpétuité, Perry à la peine capitale. Le 1er juillet 2010 le cinéaste interviewe Michael Perry, huit jours avant son exécution et retourne sur les lieux du crime pour interroger les enquêteurs, consulter les archives de la police et discuter avec les familles des victimes et des criminels.

Analyse :



Le film s’ouvre par un  extraordinaire échange entre la voix off du réalisateur et le pasteur qui accompagne les condamnés à mort lors de leur exécution par injection létale. Emblématique du douloureux questionnement qui tourmente les partenaires sociaux de ce drame au même titre que les familles des victimes et des assassins, cette introduction, quasi méditative,  est d’une sobriété extrême et donne d’emblée le ton. Sans une ombre de pathos, cette voix affronte ensuite Perry encagé: si le spectateur, bien que conscient du contrat passé entre eux, peut craindre alors le pire, et notamment son propre voyeurisme, il n’en sera rien en raison de la neutralité délibérément non bienveillante et distanciée de cette voix. Ce qui va faire la force du film c’est que, en dehors de tout doute sur la réalité de la culpabilité des jeunes gens et de toute enquête contradictoire qui chercherait à dépister une erreur judiciaire,  le cinéaste - qui a fait ressentir dans la scène précédente en peu de plans toute  l’horreur du long séjour dans le couloir de la  mort - va nous entrainer dans une enquête sur l’Amérique profonde d’une petite localité du Texas. Pour nombre d’habitants de Conroe,  et en particulier les hommes de la famille Burkett, la prison rythme leur vie : le père de Jason, détenu non loin de son fils, est dévasté par la culpabilité de ne pas avoir su élever ses enfants, mais  sans doute réhabilité pour avoir par  son émouvant témoignage lors du procès sauvé la vie de Jason. Herzog rencontre enfin  un ancien bourreau pour essayer de comprendre comment cet homme a pu exercer pendant tant années ce métier puis le  quitter subitement, à l’occasion d’une bouleversante illumination dont la description évoque bien l’irruption de la Grâce. Ainsi est-ce bien  une intense et poignante humanité qui  sourd des témoignages du pasteur, du père de Jason et de l’ancien bourreau.

(Jean-Michel Zucker)

Voir aussi Dans le couloir de la mort.