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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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J. Edgar

(Etats-Unis – 2012 – 2h15)

Réalisation : Clint Eastwood – Scénario et dialogues : Dustin Lance Black- Photo : Tom Stern - Montage : Joël Cox - Son : Tony Pilkington - Production : Malpaso Productions - Distribution : Warner Bros. France.
Interprétation : Leonardo di Caprio (J. Edgar Hoover), Naomi Watts (Helen Gandy), Armie Hammer (Clyde Tolson), Josh Lucas (Charles Lindbergh), Judith Dench (Anne-Marie Hoover).
Auteur :

Clint Eastwood est né en 1930 à San-Francisco. D’abord acteur dans de petits rôles, dès 1955. Il perce dans les westerns de Sergio Leone, en Italie Pour une poignée de dollars, etc. Devenu célèbre, il crée sa maison de production, Malpaso Productions, aux U.S.A. Suivent 4 films avec l’inspecteur Harry, Bird. Impitoyable, en 1992, remporte 4 Oscars. Sur la route de Madison, Minuit dans le jardin du bien et du mal, Space Cowboys… En 2003, Mystic River, 2005 : Million Dollar Baby, c’est la consécration.

Résumé :

John Edgar Hoover inventa le FBI, avec une poignée d’hommes convaincus, et malgré les nombreuses oppositions rencontrées sur son chemin. Ce film est le parcours tumultueux d’un homme exceptionnel, persuadé que sa mission lui autorisait toutes les dérives. Un homme avec toutes ses forces, et pour en dresser un portrait complet, Eastwood nous dévoile aussi ses failles.

Analyse :



Des décors naviguant entre bleuté et brun sombre, des bureaux surchargés de meubles, de documents entassés, des gros-plans fréquents pour rétrécir le champ de vision, toute la mise en scène est destinée à rendre l’enfermement de la société américaine du milieu du XX°siècle. La population étouffe, et l’ennemi est à la porte. Pour Hoover, c’est d’abord le communisme qui cherche à infiltrer le pays. Attentats à la bombe, meurtres, pour un jeune battant sans avenir comme l’est alors Hoover, c’est le déclic. Il remue terre et ciel, engage une équipe (une secrétaire dévouée à vie, un assistant amant inconditionnel également jusqu’à la tombe), et s’avère peu à peu irremplaçable. On ne veut pas lui donner le pouvoir, il va le chercher, il convainc par tous les moyens à sa portée, par d’astucieuses manipulations au début, puis de plus en plus osés, instaurant des dossiers confidentiels qui seront sa marque de fabrique et lui permettront de tenir à sa merci les présidents successifs. Comment créer un état dans l’état, voilà ce que nous fait découvrir Hoover-Caprio. Et comment, par un glissement imperceptible, se transformer en quasi-dictateur au sein d’une société démocratiquement évoluée.
Cela, c’est le versant glorieux, car même si on n’apprécie pas les méthodes, on ne peut qu’admirer l’homme. Mais il y a aussi, complètement imbriqué, le côté occulte, la face noire que l’histoire jusqu’alors n’avait pas révélée. Ici, on découvre le petit Edgar à sa maman, rêvant de porter une robe, incapable de braver l’interdit maternel. Il assouvit son homosexualité dans les faits, mais il se cache, il tremble de se trahir. Il accuse ses ennemis de salir la nation tout en sachant que c’est lui-même qu’il cherche à punir.
Formidable Di Caprio, passant de la jeunesse à la maturité, puis à la vieillesse, avec une crédibilité parfaite. Touchant de fragilité, souvent effrayant de dureté, le personnage laisse une impression d’ambiguïté qui en fait toute la profondeur.

Un film magistral.

(Catherine Forné)