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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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L’enfant d’en haut

(France/Suisse – 2011 – 1h37)

Réalisation : Ursula Meier – Scénario et dialogues : Antoine Jaccoud – Image : Agnès Godard – Montage : Nelly Quettier – Son : Henri Maikoff –Distribution : Diaphana Distribution.
Interprétation : Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein, Martin Compston, Gillian Anderson, Jean-François Stévenin
Auteur :

Ursula Meier, réalisatrice franco-suisse, est née en 1971 à Besançon. Elle débute des études de cinéma en Belgique en 1990. Son premier film est pour Arte, en 2002 : Des épaules solides. Suivra en 2008 Home. Elle a obtenu L’ours d’argent à Berlin en 2011 pour L’enfant d’en haut qui reprend le thème de la marginalité déjà présent dans Home.

Résumé :

Simon, 12 ans, vit seul avec sa sœur Louise, dans un immeuble de la vallée. Pendant l’hiver, il monte tous les jours dans une station de ski huppée et vole tout ce qu’il peut trouver pour le revendre ensuite à bas prix.

Analyse :



Le titre du film étonne : Simon n’est-il pas plutôt l’enfant d’en bas, lui qui vit dans la vallée?  Rentrant immédiatement dans l’action, dès le générique, on pourrait croire que l’essentiel du propos du film sera de suivre cet enfant dans son activité de voleur de matériel de sports d’hiver en tout genre, le spectateur craignant sans cesse que son ingénieuse organisation finisse par se lézarder et s’écrouler. Et de fait on est immédiatement dans une attente angoissante : quand va-t-il se faire prendre ? 
Mais à cette succession de larcins utilisant des procédés divers de vol et de recel, va s’ajouter la mise en évidence du manque dans lequel vit Simon. Manque matériel bien sûr, ce qui fait que tout lui est bon : lunettes, casques, skis à revendre, mais aussi sandwiches et boissons. Et ce manque matériel pourrait faire pencher le récit uniquement du côté d’une chronique sur la misère et l’injustice sociale, montrant le contraste entre le « monde d’en haut » (monde de richesse et de loisirs) et celui d’en bas (monde de pauvreté et d’expédients). Simon ne serait donc « l’enfant d’en haut » que dans ses espoirs les plus fous. Mais son manque est surtout affectif, car ce n’est pas sa grande sœur, jeune adulte immature, qui risque de lui prodiguer la tendresse dont il a besoin. Et sa carapace de dur commence à craquer lorsque dans le « monde d’en haut » il aperçoit une mère, attentive au bien-être de ses enfants, ce qui le fascine à tel point qu’il engage conversation avec elle, au risque de perdre cet anonymat dont il a particulièrement besoin pour ses activités. Il laisse alors tomber son « masque » (une cagoule soigneusement remontée jusqu’aux yeux) et l’aborde à visage découvert. Aucune autre des rencontres faites jusque là ne le fragilise autant : le jeune homme qui travaille dans le restaurant d’altitude et qui devient son complice, les travailleurs saisonniers de la station auxquels il vend le matériel volé, le gérant de la télécabine, tous ces personnages servent surtout à nous montrer les coulisses et l’envers du décor de cet univers privilégié. Simon s’invente alors une famille riche et veut payer les consommations de cette famille. On comprendra mieux plus tard en quoi son besoin d’une mère est particulièrement profond et bourré de contradictions. 

Avec sa sœur, les relations sont basées sur l’argent qu’il rapporte à la maison pour leur survie matérielle et dont il essaiera de faire usage pour obtenir auprès d’elle un peu de chaleur humaine. Il a repéré que ses rapports avec les hommes sont des rapports d’argent. Et il sera prêt à son tour à lui donner tout son argent pour qu’elle l’accueille dans sa chambre, lui qui dort habituellement sur un matelas par terre dans le séjour. Sera-t-il parvenu à susciter chez elle autre chose, à la fin du récit ? C’est ce que peut permettre d’espérer la dernière scène lorsque se croisent leurs cabines du téléphérique, lui redescendant « en bas » et elle, montant, probablement pour le rechercher.

(Maguy Chailley)