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Cinéma

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L'ordre et la morale

(France – 2011 - 2h16)

Réalisation : Mathieu Kassovitz. Scénario de Mathieu Kassovitz, Pierre Geller, Benoit Jaubert, inspiré des livres du capitaine Philippe Legorjus. Montage : Thomas Beard, Lionel Devuyst, Mathieu Kassovitz. Photo : Mark Koninckx. Production: Christophe Rossignon, Philippe Boëffard ,Guillaume Colboc, Mathieu Kassovitz, Benoit Jaubert. Distribution en France : UGC. Les scènes d’extérieur ont été tournées en Polynésie.
Interprétation : Mathieu Kassovitz (Legorjus), Iabe Lapacas (Dianou), Daniel Martin (Pons), Malik Zidi (Perrot), Philippe Torreton (Prouteau), Sylvie Testud (Me Legorjus)
Auteur :

Mathieu Kassovitz est né à Paris en 1967 d’un père réalisateur et d’une mère monteuse. Son film la Haine obtient le prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1995. Il se révèle aussi dans les films d’action comme «Les rivières pourpres (2000) ou Gothika (2003). Egalement acteur de talent, il tourne avec Audiard (Un héros très discret), Jeunet (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain), Costa-Gavras (Amen) et Spielberg (Munich).

Résumé :

Le 22 avril 1988, un groupe de kanaks attaquent la gendarmerie de Fayawe dans l’île d’Ouvea, en Nouvelle Calédonie, territoire français du Pacifique situé, à cette époque, à 30 heures d’avion de la métropole). Quatre gendarmes sont tués et 27 pris en otage dont 11 seront libérés 3 jours plus tard, les autres étant retenus dans une grotte du nord de l’île. Le capitaine Legorjus du GIGN, spécialiste des prises d’otages, est envoyé sur place avec son équipe mais, à sa surprise, c’est l’armée de terre qui prend le contrôle des opérations. Legorjus entame des discussions avec Alphonse Dianou, le chef des preneurs d’otages. Cette négociation est rejetée par le ministre des DOM-TOM, Bernard Pons et par le général Vidal et l’assaut est donné le 4 mai. Il y aura 19 morts du coté kanak.

Analyse :



 Le règlement de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa se place dans un contexte où toutes les décisions importantes, politiques et économiques concernant la Nouvelle Calédonie sont prises à Paris par des gens qui ignorent la réalité du terrain. Mai 1988, on est à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle. Jacques Chirac, alors premier ministre et candidat face au président sortant François Mitterrand, a besoin de montrer sa fermeté vis-à-vis des Kanaks qu’il qualifie de 'terroristes' et Bernard Pons, sur place à Nouméa, relaie cette détermination. Par ailleurs, Mitterrand ne peut se montrer faible. Dès lors, tout est joué et nous assistons au combat perdu d’avance du capitaine Legorjus contre des forces qui le dépassent. Il va se battre comme une mouche enfermée dans une bouteille et nous souffrons avec lui de ses tentatives inutiles pour convaincre Pons qu’il existe une autre solution, que la négociation engagée dans la grotte d’Ouvéa est en passe d’aboutir et que les preneurs d’otages sont prêts à se rendre et à libérer les prisonniers. Legorjus se résout à obéir et participe à l’assaut final. Mathieu Kassovitz rend très bien la quête vaine d’un compromis auprès des autorités françaises. Les scènes de guerre dans la brousse sont très bien menées et dignes des meilleurs metteurs en scène américains.

Cette tragédie a contribué à dessiller les deux principaux acteurs calédoniens, Jean-Marie Tjibaou, indépendantiste kanak qui avait cru aux promesses de Mitterrand, et Jacques Lafleur, patron du RPR local qui soutenait Chirac. Tous deux ont réalisé qu’il ne fallait compter que sur eux pour résoudre leurs problèmes. Le 26 juin 1988, étaient signés, grâce notamment au travail de Michel Rocard, les accords de Matignon.

(Jean Wilkowski)