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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La Chasse

(Danemark – 2012 – 1h51)

Réalisation : Thomas Vinterberg – Scénario : Tobias Lindholm, Thomas Vinterberg – Photo : Charlotte Bruus Christensen – Montage : Anne Osterud, Janus Billeskov Jansen – Production : Zentropa Entertainments
Interprétation : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrom, Susse Wold, Anna Louis Hassing, Lars Ranthe, Alexandra Rapaport
Auteur :

Né en 1969 à Copenhague, il obtient en 1993 son diplôme de l’Ecole Nationale du Film du Danemark. En 1995, il forme le mouvement intitulé Dogme95 en compagnie de Lars von Trier, Kristian Levring, et Søren Kragh-Jacobsen. En accord avec les préceptes de Dogme95, Vinterberg écrit et réalise Festen, le premier des films du Dogme. C’est ce film qui le fera connaître et  gagnera de nombreux prix, dont le Prix du jury au Festival de Cannes 1998. La chasse a été également présenté à Cannes en 2012 et y a obtenu le prix d’interprétation masculine pour Mads Mikkelsen, ainsi que le prix du jury oecuménique.

Résumé :

Au Danemark, Lucas travaille dans un jardin d’enfants. Il se voit accusé d’actes répréhensibles par la petite fille de son meilleur ami, ce qui va entraîner son rejet par tout le village et aura des conséquences dans sa vie familiale.

Analyse :



Deux scènes de chasse encadrent le récit. Leur tonalité est bien différente, en dépit de la somptuosité des couleurs de l’automne et des paysages forestiers dans les deux cas. La première est le prélude à une soirée amicale et virile entre chasseurs satisfaits et éméchés mais dont la sincérité ne semble pas douteuse. La dernière succède à une scène d’embrassades pleine d’excitation et de sourires, scène qui semble fausse  tellement elle semble faire table rase de tout le drame qui a précédé. Et c’est bien sa fausseté qui éclate peu après dans le dernier coup de fusil, qui nous avertit : Lucas n’est pas quitte et pour lui rien ne sera comme avant. Il restera toujours quelque chose de ces accusations infondées. Entre ces deux scènes se déroule la montée progressive de la rumeur que Lucas est impuissant à endiguer, tellement cela lui semble d’abord absurde et sans fondement. Le film montre bien comment une directrice bien intentionnée va prendre à la lettre les dires d’une enfant, bien vagues pourtant, et va les transformer en accusations beaucoup plus explicites au cours d’un interrogatoire très téléguidé de la petite fille. Ce qui suit, on le devine : les parents avertis, la rumeur se répand. Et Lucas, d’abord convaincu que son innocence va éclater, ce qui peut donner l’impression qu’il reste passif, découvre trop tard que tous l’abandonnent et, pire, l’accusent et le rejettent avec violence. La petite fille a beau revenir sur ses accusations, on ne l’écoute pas. La vindicte populaire va s’en prendre alors à des innocents. Le tournant du film se jouera lors de la nuit de Noël dans l’église du village où Lucas viendra affronter le regard de tous et plus particulièrement celui de son meilleur ami.

Le jeu des acteurs (adultes et enfants) est parfait et fait bien apparaître la crédulité d’abord, la lâcheté ensuite, la haine enfin de ceux dont le début du film nous montrait la gentillesse et la cordialité.  C’est aussi un film sur les difficultés du pardon et de l’oubli, ce que fait entrevoir  la fin du film, laissant à chacun sa liberté d’interprétation.

(Maguy Chailley)