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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La désintégration

(France/Belgique – 2011 – 1h20)

Réalisation : Philippe Faucon – Scénario : Philippe Faucon, Eric Nebot, Mohamed Sifaoui – Photo : Laurent Fénart – Montage : Sophie Mandonnet – Son : Cécile Chagnaud – Musique : Benoit Schlosberg – Production : Screenrunner, Dragon Films, uFilm – Distribution : Pyramide International
Interprétation : Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Perset Ymanol, Mohamed Nachit, Zahra Addioudi, Kamel Laadaili
Auteur :

Philippe Faucon est né au Maroc en 1958. Après une maîtrise de Lettres à l'Université d'Aix en Provence, il débute au cinéma comme régisseur. Il passera à la réalisation avec des films documentaires puis des courts métrages, avant de réaliser ses premiers longs métrages : "L'Amour" en 1989 décrit la vie quotidienne des jeunes des cités entre galère et éducation sentimentale ; Sabine en 1992, Muriel fait le désespoir de ses parents en 1995 et Samia en 1999, nous présentent des portraits individuels dans une problématique sociale. La trahison (2005), se déroulant en Algérie pendant la guerre, changera complètement de contexte et de thématique. En 2008 il réalise Dans la vie où il aborde avec optimisme les relations entre une juive pied-noir paraplégique et son auxiliaire de vie musulmane.

Résumé :

Une cité dans l’agglomération lilloise, de nos jours. Ali, Nasser et Hamza, la vingtaine, rencontrent Djamel qui a 10 ans de plus qu’eux. Aux yeux d’Ali et de ses amis, Djamel est comme un grand frère au langage pénétrant et plein de charisme.

Analyse :



Ce film évoque les difficultés de la deuxième génération immigrée en France et les risques de manipulation par des intégristes. Il nous montre comment ces trois jeunes « beurs », un peu à la dérive, finissent par être manœuvrés par un jeune islamiste qui connaît mieux que quiconque leurs désillusions, leurs points faibles et leur sentiment de révolte à l’égard de cette société dans laquelle ils sont nés mais à laquelle aucun des trois ne se sent plus appartenir. Djamel va les conduire à un attentat où ils seront « martyrs ».

Le contexte de ce récit fait penser à certains chapitres du roman Le village de l’allemand de Boualem Sansal, dans des « cités » françaises. Cela confirme les analyses et craintes de ceux qui lancent un cri d’alarme sur les risques encourus pas la société française si elle ne s’empare plus efficacement de ce qu’on appelle « le problème des banlieues ».

Philippe Faucon s’intéresse au terrorisme non pas tant dans ses aspects spectaculaires et dramatiques que dans la question de ses origines : quelles sont les motivations qui conduisent à des à des actions barbares. Tout n’est pas noir dans ce film et il y a des portraits intéressants de personnages secondaires positifs : la mère qui se sacrifie pour que son fils fasse des études, le père hospitalisé, mourant et digne, le grand frère qui a une « amie » française et a adhéré à l’idéal d’intégration à la française, le professeur de lycée professionnel qui s’efforce d’encourager ses élèves à forcer le « plafond de verre », l’imam modéré qui veut convaincre ses fidèles de ne pas répondre par la violence en France à la violence d’Israël vis-à-vis de Gaza. Tout ceci est montré par Philippe Faucon avec beaucoup de sobriété et d’efficacité, comme il en a déjà montré dans ses précédents films abordant également la question de la difficile intégration des maghrébins en France. Son titre « la désintégration » est à cet égard très parlant.

(Maguy Chailley)