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Cinéma

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La guerre est déclarée

(France, 2011, 1h40)

Réalisation : Valérie Donzelli. Scénario: Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm. Direction photo : Sebastien Buchmann. Deco.:Gaëlle Usandivaras. Montage: Pauline Gaillard. Production : Edouard Weil pour Rectangles productions. Distributeur en France : Wild Bunch
Interprétation : Valérie Donzelli (Juliette), Jérémie Elkaïm (Roméo), César Desseix (Adam, 18 mois), Brigitte Sy (Claudia), Elina Lowenson (Alex), Michèle Moretti (Geneviève), Philippe Laudenbach (Philippe), Frédéric Pierrot (Pr Sainte-Rose), Anne le Ny (Dr Fitoussi).
Auteur :

Née le 2 mars 1973 à Epinal, Valérie Donzelli fait d’abord des études d’architecture puis se tourne vers le cinéma pour devenir une belle actrice atypique et attachante (Martha de Sandrine Veysset, 2001), avant d’écrire le scénario des deux longs métrages qu’elle a réalisés. En 2010, La reine des pommes, conte moderne étrange et ludique, sur un mode intimiste qui évoque Truffaut et Rohmer, obtient le prix du public au festival Premiers plans d’Angers et témoigne de sa belle gourmandise de la vie. En 2011, La guerre est déclarée a été un énorme succès en ouverture de la Semaine de la critique au Festival de Cannes.

Résumé :

Un jeune homme Roméo et une jeune femme Juliette, tombés magiquement amoureux se sentent «voués à un terrible destin», qui ne manque pas de se produire : une tumeur du cerveau est décelée chez leur bébé de 18 mois et va bouleverser leur vie, leurs relations avec leur famille, et jusqu’à leur contagieuse vitalité.

Analyse :



Ce 2ème long métrage de Valérie Donzelli n’est ni un documentaire, ni un témoignage. C’est une fiction autobiographique, dont le scénario commence par la brève mais vertigineuse séquence du coup de foudre et de l’amour fou de deux jeunes gens, Roméo (Jérémie Elkaïm) et Juliette (la réalisatrice), pour s’appuyer ensuite sur les notes de celle-ci pendant la maladie réelle de Gabriel, l’enfant des 2 acteurs protagonistes, atteint d’une tumeur cérébrale en 2003. Ce «film d’action sur un couple», disent les scénaristes, «veut raconter le choc» qui met à l’épreuve l’amour de ces jeunes parents, et rend sensible avec une pertinence et une justesse absolue, au gré des consultations qui jalonnent un parcours médical modèle, la progression de leur angoisse, la mise en place de leurs mécanismes de défense, le bouleversement de leurs relations de couple, le sérieux et la chaleur humaine des médecins. L’ingéniosité du montage règle admirablement le rythme de ce film exalté, surréaliste parfois, dont l’écriture empoigne le spectateur dès les premières images et ne le lâche plus : la narration épouse le mouvement même de la vie, avec un heureux contrepoint entre les éléments dramatiques, -aux antipodes du mélodrame ou même du pathétique-, et des éléments comiques récurrents. Ces ruptures de ton et le parti pris de l’humour, système défensif efficace, permettent au spectateur de souffler. Tourné avec un appareil photo très sensible, le Canon 5D, sauf le ralenti final en 35mm, presque toujours en lumière naturelle et en son direct, le film y gagne une grande authenticité des prises. La grande variété de raccords entre les scènes et de cadrages matérialise réellement le concept de caméra stylo, qui impose une narration tour à tour échevelée puis calmée épousant la succession des événements de cette aventure bouleversante et des sentiments contradictoires des parents. L’enjeu du film -pari gagné par la mise en scène- est pour Roméo et Juliette de survivre malgré le choc et de préserver malgré la menace de l ‘épuisement la pulsion de vie et d’amour qui les anime. La voix off du narrateur conclut «ils étaient solides. Détruits certes, mais solides», tandis que le ralenti de la séquence finale exulte du bonheur de la famille reconstituée. Il faut courir voir ce film.

(Jean-Michel Zucker)