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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La Parade

(Allemagne/Croatie/Hongrie/Macédoine/Serbie/Slovénie – 2010 - 115 minutes)

Réalisation : et scénario : Srdjan Dragojevic - Photographie : Dušan Joksimović - Montage : Petar Marković – Musique : Igor Perovic - Production : Vladimir Anastasov, Mike Downey, Igor Nola, Biljana Prvanović, Eva Rohrman - Distribution : Sophie Dulac Distribution
Interprétation : Nikola Kojo (Lemon-Citron), Milos Samolov (Radmilo), Hristina Popovic (Pearl-Perle), Goran Jevtic (Mirko)
Auteur :

Né le 1er janvier 1963 à Belgrade, Srdjan Dragojevic étudie d’abord la psychologie puis, admirateur de Maïakovski et de l’art soviétique des années vingt, publie un recueil de poèmes, « Poésie de l’action » (1986), avant de se consacrer au cinéma. Après les bombardements de l’OTAN sur Belgrade en 1999, il s’expatrie aux Etats-Unis mais il revient dans son pays en 2001. Ses films sont marqués par l’histoire tragique et les guerres qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie :  Joli village, jolie flamme (1996), Les blessures (1998), Saint Georges tue le dragon (2008). Son septième film, La parade (2010), a obtenu  de nombreux prix  à Berlin en 1992, notamment le Prix œcuménique.

Résumé :

Redevable à l’égard du vétérinaire gay qui a sauvé son bouledogue bien aimé et soucieux de plaire à son dragon de fiancée,  un chef de milice de Belgrade, Lemon,  accepte de protéger la Gay Pride, qui  dégénère chaque année en violence du fait de l’hostilité des skinheads et autres opposants.  Il part alors à la recherche d‘anciens mercenaires pour assurer le service d’ordre avec lui. Croate, musulman de Bosnie, Albanais du Kossovo, tous homophobes, se retrouvent au coude à coude avec des militants homosexuels…

Analyse :



Ce film, que Srdjan Dragojevic a mis trois ans à réaliser et dont la scène finale a été tournée en 2010 lors de la première Gay Pride réussie de Serbie, est d’abord une comédie très décapante qui sert avec force le combat pour les droits des homosexuels et la tolérance en général. Le réalisateur a indiqué avoir voulu y exercer « son devoir de citoyen ». C’est aussi un document sur l’évolution de la Serbie, qui, à peine relevée des drames de la guerre, est en pleine transition entre le joug communiste et le libéralisme occidental. Le crime, les règlements de compte et les trafics sont courants. Les personnages, certains carrément obèses,  souvent primaires, sont hauts en couleur et bien campés, humains même dans la violence, un décalage qui fait souvent jaillir le rire, sauf dans la scène finale tragique. Tranchant avec toute « bien-pensance », la liberté de ton est savoureuse et bienvenue. Servies par des acteurs bien dirigés et une caméra alerte qui sait parfaitement saisir les situations cocasses, certaines scènes sont hilarantes. Ainsi quand notre héros, macho entre les machos et anti-« pédé », réalise médusé que son héros de cinéma préféré, Ben Hur (Charlton Heston, dans le film de William Wyler), est peut être homo. Un film brillant ! 

(Françoise Wilkowski-Dehove)