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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La pirogue

(France /Sénégal – 2012)

Réalisation : Moussa Touré - Scénario : Eric Névé et David Bouchet d’après une histoire originale de Abasse Ndione - Image : Thomas Lettellier - Musique originale : Prince Ibrahima Ndour
Interprétation : Souleymane Seye Ndiaye (Baye Laye) - Latty Fall (Lansana) - Malamine Dramé «Yalenguen» (Abou)

Ce film a été présenté à Cannes dans la section Un certain regard et dans de nombreux festivals.

Auteur :

Moussa Touré est un réalisateur sénégalais né en 1958 à Dakar. Il a été éclairagiste de cinéma pour François Truffaut ( L’histoire d’Adèle H., 1975) , Bertrand Tavernier ( Coup de torchon, 1981), Sembene Ousmane ( Le camp de Thiaroye, 1988). Puis assistant réalisateur de Bernard Giraudeau pour  Caprice d’un fleuve , 1995 . Il a réalisé des longs métrages : Toubab bi (1991), TGV (1997), 5x5(2004), Nosaltres (2005)… ainsi que de nombreux documentaires  évoquant la situation actuelle de l’Afrique. Il a créé en 2002 un festival de cinéma au Sénégal.

Résumé :

A bord d’une simple pirogue de pêcheur, une trentaine d’Africains quittent Dakar dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Le film décrit leur cohabitation, leurs projets, leurs angoisses, les drames rencontrés (abandon des passagers d’une chaloupe en panne, violente tempête, panne de moteur…).Les quelques survivants seront accueillis à la fin du voyage par la Croix-Rouge espagnole. Après avoir été réconfortés et soignés, ils seront renvoyés dans leur pays.

Analyse :



Ce beau film humaniste décrit une situation connue de tous. Mais Moussa Touré nous fait vivre de l’intérieur cette absurdité : dans l’univers grand ouvert de l’océan, un huis clos étouffant. Trente personnes dans un espace exigu, condamnées à se supporter malgré les différences d’âge, de culture, de langue, de religion. Antagonismes exacerbés par les difficultés rencontrées. Et les difficultés ne manquent pas. La cohabitation, d’abord. La rencontre d’une autre pirogue en panne au milieu de l’océan : faut-il aider ces hommes ? Les abandonner est une épreuve douloureuse, mais il y va de la survie de tous. Et surtout il faut affronter une épouvantable tempête, magistralement filmée, qui détruit définitivement tout espoir d’atteindre l’Espagne.
Peu à peu se dessinent des portraits d’hommes, soulignés par des gros plans sur les visages de plus en plus marqués par la fatigue et l’angoisse : Baye Laye le généreux, qui se sacrifie pour sa famille, son frère Abou le musicien toujours souriant et optimiste, Lansana qui cherche à profiter de tout et de tous, Samba le sage musulman, pieux et respectueux, qui essaie d’apaiser les conflits entre hommes ou entre ethnies, Yaya, terrorisé par la mer, qui épuise les autres de ses plaintes incessantes... Mais aussi Nafy, passagère clandestine, objet de désir, condamnée à faire la cuisine pour se faire accepter, et menacée d’être jetée à la mer pour conjurer le mauvais sort.
Pendant ce temps, à Dakar, le gras Bourbi s’enrichit sans risque : il exploite la misère de ses compatriotes en organisant ces équipées. En face, l’Europe met en place l’humanitaire : la Croix-Rouge récupère les quelques survivants avec compassion, les nourrit, les soigne… et les renvoie chez eux deux semaines plus tard. Humanitaire, certes, mais humain ?

Sans capitaine, sans moteur, sans espoir, ballotée entre les égoïsmes des puissants, très joliment décorée à l’extérieur mais étouffante à l’intérieur, cette pirogue est la métaphore d’une société à la dérive, qui a perdu  tout horizon. 

(Jean-Pierre et Paulette Queyroy)