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Cinéma

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La poussière du temps

(Grèce/Russie/Italie/Allemagne - 2008- 2h05)

Réalisation : : Theo Angelopoulos - Scénario: Angelopoulos, Tonino Guerra, Petros Markaris - Photo: Andreas Sinanos - Son: Marinas Athanosopoulos, Jérôme Aghion- Montage: Yannis Tsitsopoulos - Musique: Eleni Karaindrou - Distribution: Sophie Dulac
Interprétation : Willem Dafoe (A), Bruno Ganz (Jacob), Michel Piccoli (Spyros), Irène Jacob (Eleni), Christiane Paul (Helga), Tiziana Pfiffner (Eleni jeune), Chantel Brathwaite(amie d'Eleni jeune).
Auteur :

Né en 1936 et mort en 2012, renversé par une moto, Angelopoulos est le plus grand cinéaste grec, son oeuvre entière est consacrée à l'Histoire, la mémoire, l'exil et l'errance. Citons ici les films les plus significatifs: Le voyage des comédiens (1975), Les chasseurs (1977), Le voyage à Cythère (1983), Paysage dans le brouillard (1988), Le regard d' Ulysse (1995), L' éternité et un jour (1998), Eleni (2004)...Adepte du plan-séquence et du travelling qui emportent le spectateur dans l'exploration du monde, de l'espace et du temps, le cinéaste adopte quelques légers changements dans son dernier film à peine distribué en France, après quatre ans d'attente. Il avait été présenté au Festival de Berlin en 2009.

Résumé :

L'histoire d'un amour contrarié à travers l'Histoire, des années 50 à nos jours. Un réalisateur américain d'origine grecque veut réaliser un film sur le destin tragique de ses parents. Son enquête le mène en Italie, en Allemagne, en Russie, au Canada. Véritable voyage à travers le monde du XXème siècle, le cinéaste se livre à un  travail de mémoire et pose un regard de moraliste.

Analyse :



Présentant son propre film lors au CINEMED à Montpellier en 2010, Theo Angelopoulos donne le ton: " J'appartiens à une génération qui voulait changer le monde. Je constate hélas que celui-ci n'a pas changé". Estimant malgré tout qu'il faut y croire, il s'efforce de terminer l'histoire sur une note d'espérance. Tout commence avec une arrivée en voiture à Cinecitta, où la caméra nous fait entrer dans le "sanctuaire". « A » est le nom du réalisateur américain (Dafoe) qui commence un film sur la vie de ses parents d'origine grecque: Spyros (Piccoli) et Eleni (Irène Jacob). Ils ont disparu, happés par la guerre et le communisme. C'est la lente et mystérieuse recherche des origines qui d'emblée s'affirme dans la quête du fils. Que va-t-il découvrir du drame de la mort omniprésente dans le dédale de l'histoire européenne? Le couple des parents survit grâce à l'amour, à la fidélité et à la force de la vie. De plans larges, le cinéaste passe à des plans rapprochés et même des gros plans, ce qui est plutôt nouveau dans son style. Les travellings sont lents et brefs. Des séquences fortes ponctuent le film, accompagnées d'une belle musique symphonique composée par Eleni Karaindrou, son musicien fétiche. On est saisi par la séquence de l'annonce de la mort de Staline, dans une ville envahie par la neige et la pauvreté; capté par le moment où s'effectue un échange de prisonniers sur un pont entre l'Autriche et la Russie (souvenir des heures sombres de la guerre froide); ému et aussi émerveillé par la mort d'Eleni, comme emportée par un ange. Et enfin le temps des retrouvailles entre les trois personnages, vieux et usés, sur le quai du métro à Berlin. Ils sont heureux mais marqués par les épreuves passées. À jamais.

Le récit est assez complexe, avec mélange de chronologie, où le passé se confond avec le présent, sans parler des incidences de la vie personnelle de A, qui a une petite fille du même nom que sa grand-mère, Eleni.

L'accident survenu en janvier 2012, au plus fort de la crise grecque qui préoccupait beaucoup Angelopoulos, a interrompu  définitivement le film qu'il était entrain de tourner. Nous ne saurons jamais si "L'autre mer" nous aurait donné une vision plus apaisée de la vie et du monde. À cause de sa compassion et de son humanité, le regard d' Angelopoulos va nous manquer. "Le futur et le passé sont dans les temps futurs" (TS Elliot, cité par Th. A).

(Alain Le Goanvic)