Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

La source des femmes

(Maroc/France – 2011 – 2h06)

Réalisation : Radu Mihaileanu – Scénario et dialogues : Radu Mihaileanu, Alain-Michel Blanc, Catherine Ramberg – Photo : Glynn Speeckaert – Décors : Cristian Niculescu – Montage : Ludo Troch – Musique : Armand Amar – Son : Henri Morelle, Selim Azzazi – Production : ELVEZIR FILMS – Distribution : EUROPACORP DISTRIBUTION
Interprétation : Leila Bekhti (Leila), Hafsia Herzi (Loubna/Esmeralda), Sabrina Ouazani (Rachida), Saleh Bakri (Sami), Hiam Abbas (Fatima), Biyouna (Vieux Fusil), Mohamed Majd (Hussein).
Auteur :

Radu Mihaileanu, de nationalité française, est né en 1958 en Roumanie qu’il quitte en 1980 pour Israël puis la France. Il fait des études de cinéma à l’IDHEC et devient assistant réalisateur. Son premier long-métrage date de 1993 (Trahir) mais c’est seulement son troisième long qui le révèle vraiment au grand public : Va, vis et deviens en 2004. Il y suit des immigrés éthiopiens en Israël. Le concert, en 2008, sera aussi un grand succès.

Résumé :

Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l'eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l'amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village.

Analyse :



On se plait à retenir d’abord de ce film la beauté et la dignité des personnages féminins, qu’il s’agisse de femmes jeunes, intrépides ou craintives, ou de femmes plus âgées dont les rides font apparaître la résignation, la maturité et l’expérience. Elles ne sont pourtant pas d’emblée unies dans l’action et la revendication. Et ce film montre bien le poids des habitudes, traditions et aussi celui de la peur. On peut bien sûr s’interroger sur la plausibilité du courage et de l’imagination de « l’étrangère », celle qu’un homme du village est allé chercher au loin, sans qu’elle soit choisie par sa propre famille. Mais c’est une fable au travers de laquelle le réalisateur fait s’interroger sur les raisons d’une oppression ancestrale que ni la religion ni la situation économique ne peuvent continuer à justifier. Les quelques hommes qui prennent le parti des femmes le font d’abord clandestinement puis plus ouvertement, conscients qu’ils sont, du fait de leur âge, de la nécessaire évolution des rapports entre les sexes. Parmi les personnages féminins, « Vieux fusil » est particulièrement fort, elle qui a subi un mariage forcé à 14 ans et toute l’oppression conjugale imaginable. Devenue veuve, elle n’a plus rien à perdre et poussera les plus jeunes à « tenir » dans leur grève de l’amour. Le jeune instituteur, marié à l’« étrangère », est aussi un personnage intéressant et généreux, décidé à fournir à son épouse les outils de son émancipation, en particulier par l’apprentissage de la lecture, clef d’une connaissance éclairée du Coran. Cela permettra à Leïla d’argumenter efficacement (et respectueusement) auprès de l’imam.

L’humour n’est pas absent de ce récit, aussi bien dans les scènes avec le téléphone portable ou dans les discussions animées des femmes au hammam. On peut tout de même reprocher au film de vouloir trop en dire sur la situation des femmes en pays d’Islam que ce soit sur la nécessaire virginité avant le mariage, l’obéissance à la famille pour les mariages arrangés, le manque d’accès des filles à l’instruction etc…. Ce genre de film est sûrement utile et il faut souhaiter qu’il soit vu par celles dont il dénonce l’oppression. Sera-ce le cas ?

(Maguy Chailley)