Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Laïcité Inch'Allah

(documentaire - France-Tunisie – 2011 – 1h15)

Réalisation : Nadia El Fani - Image : Fatima Sherif - Production : Z'Yeux noirs Movies – Distribution : Jour2fête
Interprétation :
Auteur :

ADIA EL FANI, 51 ans, franco tunisienne, a été assistante de Roman Polanski, Nouri Bouzid, etc. Distinguée dans de nombreux Festivals pour ses documentaires et un long métrage de fiction Bedwin Hacker, prémonitoire, en 2002, du rôle qu'allait jouer Internet dans les révolutions arabes. Elle revient au documentaire avec Ouled Lenine en 2008 un émouvant hommage adressé à son père l'un des dirigeants du Parti Communiste dans la Tunisie de Bourguiba. Au Festival de Cannes 2010 elle présentait ce dernier film qui s'appelait encore Ni Allah ni Maitre !

Résumé :

Tourné dans les rues de Tunis avant la «révolte du Jasmin», il devait alors se nommer «La Désobéissance». Prémonition encore puisqu'il dénonçait l'hypocrisie d'un système contraignant tout le peuple à pratiquer le Ramadan. La réalisatrice se met en scène et en plusieurs circonstances traque ceux qui «dé-jeûnent» en se cachant avec la certitude qu'ils trahissent la loi sacrée. En plein montage de ce «brulot» blasphématoire éclate la révolution qui chasse Ben Ali. Nadia reprend la caméra et complète son film par des images de foules en délire qui brandissent entre autres, à coté des mots Liberté et Dignité celui, jusqu'ici interdit, de LAICITE.

Analyse :



Si Nadia a modifié son premier titre, jugé trop provocateur, ce n'est pas par peur des islamistes car rien ni personne ne peut l'impressionner. Mais elle ne voulait pas offenser les croyants musulmans en se moquant d'eux. Son propos se veut au contraire un appel à la tolérance religieuse absolue d'où cette importance donnée au mot laïcité, suivie, il faut bien l'avouer, d'une certaine ironie avec la réapparition d' Allah dans une formulation qui laisse espérer un avenir plus libéral ! Les diverses situations évoquées par cette enquête font apparaître, non sans humour, la gène de ces gens qui respectent apparemment La Religion et en trahissent en cachette les préceptes. L'évocation de Bourguiba rappelle du reste qu'il y eut dans le passé des temps bien moins rigoureux. Et les cercles de libre confrontation qui clôturent ce documentaire montrent clairement des citoyens ouverts à toutes les opinions. Ce que réclame la cinéaste, c'est le droit, non seulement de ne pas se soumettre au Coran, mais encore de ne pas croire en Dieu. C'est du reste une interview sur une télévision arabe où elle revendique cela qui déclenchera les violences verbales et physiques contre sa personne et en même temps servira sa sulfureuse réputation. Bien reçue en France, elle tente vainement de faire connaître son témoignage à ses concitoyens en étant diffusée sur des écrans tunisiens. Témoignage d'une brûlante actualité à la veille d'une période électorale qui devrait aboutir à la constitution d'un gouvernement démocratique et à l'ultime question de savoir si la nation tunisienne sera une République musulmane, islamique, ou laïque. Quelle place et quelle liberté de vivre laissées aux chrétiens, aux juifs ou aux athées? Quelques séquences dans le film manifestent clairement que non seulement les hommes -mâles, mais aussi beaucoup de jeunes-gens revendiquent leur soumission inconditionnelle à l'Islam. Cette association des femmes démocrates où Nadia compte beaucoup d'amies saura-t-elle se battre pour faire changer les électeurs dans le sens d'une «laïcité à la tunisienne» à inventer?

(Jean Domon)