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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Laurence anyways

Canada – 2h45

Réalisation : scénario et dialogues: Xavier Dolan Dolan –Direction photo: Yves Bélanger – Montage : Xavier Dolan - Musique :Noia - Décors Anne Pritchard - Son : Nom - Distribution France : MK2
Interprétation : Melvil Poupaud (Laurence Alia), Suzanne Clément (Fred Bellair), Monia Chokri (Stéfanie Bellair), Nathalie Baye (Julienne Alia), Sophie Faucher (Andrée Bellair)
Auteur :

À peine âgé de 20 ans, le Canadien Xavier Dolan, qui  a déjà une carrière d’acteur bien remplie, présente son premier long métrage J’ai tué ma mère à La Quinzaine des Réalisateurs (Cannes 2009), où il décroche trois prix : Art et Essai, meilleur scénario, Regards Jeunes. Retour à Cannes en 2010 avec Les amours imaginaires, sélection Un Certain Regard, le film séduit le public par sa liberté de ton et son style plein de verve et de poésie. Laurence Anyways retrouve les faveurs de la Sélection de Thierry Frémeaux, toujours à Un Certain Regard. Grande ovation dans la salle Debussy. . Alors, la Sélection Officielle pour le prochain film ?

Résumé :

L’action commence en 1989-90 et se déroule sur environ une décennie. Laurence (l’homme) qui vit en couple avec Fred (la femme) met gravement sa relation amoureuse en péril en annonçant à sa compagne son désir de devenir une femme. Portrait d’un couple en butte aux clichés sociaux et aux conventions, et qui va vivre une traversée tumultueuse.

Analyse :



Vive le cinéma, c’est que j’ai envie de dire en voyant ce film surprenant, qui va encore plus loin que Les amours imaginaires. Malgré sa durée, le sujet, audacieux et scabreux s’il en est, et le style de récit, plein de rythme et de surprises visuelles et sonores, captent l’attention, sans jamais lasser. La revendication d’être femme exprimée par un Melvil Poupaud au meilleur de sa forme, va s’affirmer de séquences en séquences, rendant quasi tragique l’odyssée du couple qu’il forme avec Fred, la pulpeuse et véhémente Suzanne Clément (saluée par le Jury d’Un Certain Regard avec un prix d’interprétation).

En fait, Laurence n’est pas homosexuel et ne devient pas un trans ou drag-queen, il est crédible et touchant dans sa recherche d’identité. Son amour pour Fred ne se démentit pas, mais celle-ci ne peut résister à la profusion de messages négatifs venant de sa famille et de ses proches. Laurence est renvoyé de l’Université, il survit en écrivant des recueils de poèmes. Les images sont accompagnées de musiques, elles baignent littéralement dans Graig Armstrong, Stuart Staples ou Brahms, Beethoven, Vivaldi. Sur fond d’interview que donne Laurence à une journaliste qui essaye de retracer son expérience, et qui  forme la trame off de du récit, que voit-on dans ce film, sinon une histoire d’amour fou, qui s’exprime dans une incantation visuelle d’une grande poésie (paysages d’hiver sur les rives gelées, pluies de fleurs, lumières d’horizons infinis). Il n’y a pas de scène de sexe, l’essentiel est ailleurs. C’est la vie d’un couple dans notre monde de contradictions entre changement radical et conservatisme.

Un film plein d’ardeur et d’énergie créatrice, non exempt bien sûr de certaines approximations sur les identités sexuelles.

(Alain Le Goanvic)