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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le cochon de Gaza

(Franco-germano-belge- 2011- 1h38)

Réalisation : Sylvain Estibal - Photo : Romain Winding - Décors : Albrecht Konrad - Musique : Aqualactica - Montage : Damien Keyeux - Son : Dirk Bombay - Production : Franck Chorot - Distribution : François Hassan Guerrar (attaché de presse)
Interprétation : Sasson Gabai (Jafaar) – Baya Belal (Fatima) – Myriam Tekaïa (Yelena) – Gassan Abbas (l’ami coiffeur) – Khalifa Natour (Hussein) – Lofti Abdelli (le jeune policier)
Auteur :

Sylvain Estibal est journaliste, romancier et réalisateur français. Il vit actuellement en Amérique du Sud. Son premier roman Le Dernier vol du Lancaster (2003) a été adapté au cinéma (Le dernier vol). Il en a écrit lui-même le scénario. Le cochon de Gaza est son premier long métrage.

Résumé :

Jafaar, pêcheur malchanceux de Gaza, remonte un jour dans ses filets un cochon noir, animal impur et tabou dans sa culture. Jafaar se démène pour trouver une solution à ce problème qui pourrait devenir sa chance et voudrait bien transformer ce cadeau empoisonné en bénédiction du ciel.

Analyse :



Ce film réjouissant pétille d’humour et d’intelligence. Jafaar, simple pêcheur, subit sa vie avec courage et obstination, utilisant tous les moyens qui se présentent sur son chemin pour survivre. Son fil rouge, c’est sa religion, l’islam, qu’il respecte avec conviction, ce qui le place parfois dans des situations cocasses. On suit Jafaar dans sa vie quotidienne, celle des Palestiniens de la Bande de Gaza : la pêche dans les eaux polluées, les seules autorisées par les israéliens, les chansons incessantes des soldats qui squattent sa terrasse, belvédère idéal pour surveiller les alentours. Pas de tragédies spectaculaires, mais une observation minutieuse de la vie des vrais gens, de la pression imposée par les terroristes à la rechercher de nouveaux martyrs… Chaque image est politique mais le traitement humoristique désamorce la gravité du propos et lui donne une dimension parfois surréaliste. Aucun manichéisme, Estibal est plus subtil : on a affaire là à des êtres humains, fourmis complètement dépassées par des enjeux plus puissants, écrasés par un engrenage qui frôle l’absurde. Jafaar n’est pas une victime, les événements l’acculent à dénicher en lui des ressources insoupçonnées. Le catalyseur, ce cochon du Viet-nam venu de la mer afin d’empoisonner la vie de Jafaar traverse la frontière pour révéler aux deux camps qu’ils pourraient devenir frères, s’ils le voulaient. Ni pour un camp, ni pour l’autre, Le cochon de Gaza s’inscrit au-delà du conflit, dans un plaidoyer pour la paix.

Le réalisateur français, Estibal, a tourné son film à Malte. Les acteurs israéliens et palestiniens ont beaucoup ri pendant le tournage de ce film savoureux qui danse sur la corde raide sans jamais tomber, grâce à la légèreté de son approche, preuve évidente qu’on peut rire de tout, pourvu qu’on le fasse bien.

(Catherine Forné)