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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le Havre

(France/Finlande – 2011 – 1h33)

Réalisation : Aki Kaurismäki – Scénario et dialogues : Aki Kaurismaki – Photo : Timo Salminen – Décors : Wouten Zoon – Montage : Timo Linnasalo – Son : Tero Malmberg
Interprétation : André Wilms (Marcel Marx) – Kati Outinen (Arletty) – Jean-Pierre Darroussin (Monet) – Blondin Miguel (Idrissa), Elina Salo (Claire) – Evelyne Didi (Yvette) – Quoc Dung Nguyen ( Chang) – Laika (Laika)
Auteur :

Né en Finlande en 1957, Aki Kaurismaki a tourné son premier long-métrage en 1983 (une adaptation de Crime et Châtiment de Dostoïevski). C’est grâce au succès de L’Homme sans passé, récompensé à Cannes en 2002 par le Grand Prix du jury et le prix du jury oecuménique, que Kaurismäki s’est fait connaître du grand public. Suivra le film Les lumières du faubourg en 2006. Le Havre, présenté au Festival de Cannes en 2011, a obtenu à Cannes le prix de la Critique Internationale et une mention spéciale du jury œcuménique. Il a aussi obtenu le prix Louis-Delluc. Kaurismaki présente ce dernier film comme inaugurant une trilogie, « La trilogie des villes portuaires », faisant suite aux deux précédentes : « la trilogie ouvrière » avec Ombres au paradis (1986), Ariel (1988), La fille aux allumettes (1990) et « la trilogie des marginaux » composée d’Au loin s’en vont les nuages (1996), L’homme sans passé (2002) et Les lumières du faubourg (2006).

Résumé :

Marcel Marx, ex-écrivain et bohême renommé, s’est exilé volontairement au Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il mène une vie calme dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire. Dans le même temps sa femme tombe malade et est hospitalisée. Marcel va affronter le mur froid de l’indifférence humaine…

Analyse :



Ce film est du pur Kaurismaki, avec un arrière-fond permanent d’humour et de dérision, aussi bien dans le type de personnages que dans les situations vécues. Et cet humour nous aide à mettre à distance l’émotion que de telles situations pourraient engendrer. Une exception peut-être : cette scène où l’on ouvre le container, y révélant la présence de clandestins venant du Gabon. Une succession de gros plans fixes sur les visages nous émeut particulièrement. Le reste du récit est mené avec bonhomie, avec des « tableaux » qui rappellent le cadre et les personnages de « L’homme sans passé » (par exemple la scène du concert, ainsi que celle de l’invocation du code civil pour intimider un policier). L’actrice fétiche de Kaurismaki (Kati Outinen) s’y retrouve ici dans le rôle d’une femme « ange gardien » (rôle qu’elle tenait déjà dans « l’homme sans passé ») mais dont l’hospitalisation permet à son mari de sortir de son côté infantile et d’accéder à une responsabilité efficace pour sauver le jeune Idrissa. Un gros travail sur les couleurs, sur le décor et les objets, souvent désuets, nous situe moins dans le réel que dans un univers de conte, en dépit du sujet traité, particulièrement d’actualité. Tous les voisins sont de braves gens, solidaires dans l’entreprise de sauvetage du jeune garçon. Le commissaire de police lui-même (merveilleusement interprété par J.-P. Darroussin) apparaît peu à peu comme un allié… On comprend bien la mention spéciale obtenue du jury œcuménique : « Une ode à l’espérance, à la solidarité, à la fraternité : par une réalisation très élaborée, Aki Kaurismäki nous fait entrer dans un monde qu’il transfigure par la magie des couleurs, l’humour des dialogues, l’humanité des personnages – "le sermon sur la montagne" en filigrane » .

(Maguy Chailley)