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Cinéma

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Le secret de l'enfant-fourmi

(France/Bénin – 2012 - 1h28)

Réalisation : et scénario : Christine François - co-scénaristes : Sophie Fillières, Gaëlle Macé et Maurice Rabinowicz – Image : Dominique Colin et François Kuhnel – Musique : Jean-François Hoel _Montage : Valérie Loiseleux - Distribution France : Bac Films
Interprétation : Audrey Dana (Cécile), Robinson Stévenin (Didier Germain), Elie-Lucas Moussoko (Lancelot).
Auteur :

Maîtrise de philosophie et diplômée de la Fémis (réalisation), Christine François explore depuis les années 1990, par le cinéma documentaire et la télévision, l'enfance et l'adolescence. Son film Brigade des mineurs : l'amour en souffrance (1998) a inspiré le Polisse de Maïwenn. Le secret de l'enfant-fourmi est son premier long métrage de fiction.

Résumé :

Débarquée depuis peu dans une Afrique inconnue, Cécile se retrouve au milieu de la brousse africaine avec le bébé d'une autre sur les bras. Elle l'emporte en France, et retournera en Afrique quelques années plus tard avec lui chercher les raisons de l'abandon.

Analyse :



ce film, qui nous emmène du thème de l'adoption internationale à celui des 'enfants-sorciers' que, en certaines régions d'Afrique, famille et société rejettent, a le mérite de faire découvrir une réalité incroyable et cruelle que l'UNICEF et plusieurs ONG dénoncent sans pouvoir bien la combattre.
Le film commence sur une fausse piste : sans prévenir, Cécile arrive de la région parisienne chez son ex, qui l'a fuie au fond du Bénin. Mais le sujet n'est pas sa relation avec Didier. L'absurdité de cette invasion sert à une découverte de l'Afrique où l'égarement de Cécile reste folklorique, jusqu'au choc de l'enfant qui lui est confié. L'étrangeté prend alors la forme de l'extrême dénuement de cette société auquel Cécile est peu préparée, et qu'elle veut épargner au bébé qu'elle baptise Lancelot. Suit une brève chronique des surprises de l'éducation d'un enfant adopté, et Cécile dépassée une fois de plus entreprend le retour aux sources. Ce qui lui est alors révélé est vertigineux, et porte le nom officiel d'infanticide rituel : un enfant 'bizarre' – cela peut signifier : albinos, épileptique, né dentu ou par le siège, hyperactif… – est considéré dans certaines sociétés comme un être maléfique, démoniaque, porte-malheur, qu'il faut éliminer par le meurtre ou l'abandon. Les cas se comptent par dizaines de milliers.
En filigrane de cette histoire, comment comprendre le portrait surprenant qui fait de Cécile un concentré extrême d'inintelligence ? Ce que l'on voit de ses rapports avec l'enfant, dormant par exemple avec des couches dans le lit de sa mère adoptive jusqu'à l'âge de sept ans, est aussi surprenant que les décisions qui la promènent d'un continent à l'autre… Le refus absolu par le personnage principal de laisser sa raison intervenir au côté des sentiments et des sensations dans la conduite de sa vie signifie-t-il, de la part de la réalisatrice, cécité, plaidoyer, ou avertissement ?

On regrettera que ce film, certainement intéressant à voir pour son sujet, le soit si peu quant à sa réalisation. Sommaire en général, elle atteint par moments des sommets d'incohérence comme lors de l'épisode de la confrontation avec le bourreau de l'enfant, où mise en scène, direction d'acteurs et montage rivalisent d'indigence.

(Jacques Vercueil)