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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Les bêtes du sud sauvage

(USA - 2012 - durée 1H32)

Réalisation : Benh Zeitlin - Scénario et dialogues : Benh Zeitlin et Lucy Alibar d’après la pièce de Lucy Alibar. - Image : Ben Richardson - Montage : Crockett Doob, Affonso Gonçalves - Musique : Benh Zeitlin, Dan Romer - Distribution : BAC.
Interprétation : Quvenzhané Wallis (Hushpuppy,) Dwight Henry (Wink), Lowell Landes (Walrus) Gina Montana (Miss Bathsheeba)
Auteur :

Tout jeune cinéaste (il a à peine 30 ans), Benh Zeitlin vit à la Nouvelle-Orléans. Auteur de courts métrages réalisés en stop-motion (Egg, The origins of electricity), puis, en 2008, d’un court métrage plus traditionnel empreint d’un univers fantastique, Glory at sea, il réalise en 2012 avec Les bêtes du sud sauvage son premier long métrage. Premier long métrage qui crée la sensation au Festival de Cannes où il recueille la Caméra d’or ainsi qu’une mention spéciale du Jury œcuménique.

Résumé :

Petite fille de sept ans dont la mère est morte, Hushpuppy a peur de voir aussi disparaître son père, Wink, qui est cardiaque. Tous deux vivent en Louisiane, dans un bayou en sursis, région paradisiaque pour la petite communauté misérable qui y habite et qui s’y accroche, mais zone malsaine et marécageuse dont les autorités veulent forcer les occupants à partir. Arrive une tempête entraînant l’inondation et obligeant à l’exode.

Analyse :



Benh Zeitlin dit qu’il est né en 1982. Je le soupçonne de fausser sa carte d’identité pour faire plus sérieux. A mon avis, il a sept ans, l’âge de Hushpuppy dans le film, impossible sinon de se mettre si bien dans une tête d’enfant. Il dit aussi que Hushpuppy est la personne qu’il voudrait être. Et là je le crois, car on ne peut pas rencontrer cette petite fille sans être sidéré par sa combattivité, bouleversé le courage avec lequel elle recolle les morceaux brisés de sa vie, captivé par son air grave, sa peau pain de seigle et son nuage de boucles compactes. Elle est l’héroïne hors norme d’un film hors norme, qui tient de la tornade cinématographique, de la balade pour enfant triste, et d’un remake de l’arche de Noé quand l’eau du déluge fait sombrer le bayou et basculer le film.

Un basculement qui pouvait faire craindre un film « tendance Malick », avec grandiloquent mythe du retour à la nature, prémonitoire récit apocalyptique etc… Dieu merci, on y échappe, même si, dans ce film où l’eau est partout, les métaphores pleuvent. Par la grâce de Hushpuppy, Benh Zeitlin noie dans le bayou tout ce folklore devenu, chez d’autres, fond de commerce. Plongeant dans l’univers de l’enfant, le maigrelet ruisseau prophético-moralisateur s’assèche pour laisser place à un large delta où réalité et imaginaire s’unissent dans un surprenant brassage de leurs eaux et une totale égalité de traitement. Ici, la mère morte parle à sa fille, tandis que les inquiétants aurochs décongelés et ressuscités par le réchauffement climatique se lient d’amitié avec Hushpuppy. Et la griffe de l’émotion directe vous accroche à tout moment, que ce soit en voyant la petite fille au père cardiaque écouter battre le cœur de ses animaux familiers, ou à l’occasion d’une scène explosive entre Wink et sa fille : à son père qui lui crie « Tous les papas meurent ! » Hushpuppy répond « Pas mon papa ! ».

(Jean Lods)