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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Les neiges du Kilimandjaro

(France – 2011 – 1h47)

Prix LUX du Parlement Européen 2011

Réalisation : et scénario : Robert Guédiguian - Photo : Pierre Milon - Décors : Michel Vandestien - Montage : Bernard Sasia - Son : Laurent Lafran - Production : Agat Films - Distribution : Diaphana Distribution.
Interprétation : Ariane Ascaride (Marie-Claire) – Jean-Pierre Darroussin (Michel) - Gérard Meylan (Raoul) – Marilyne Canto (Denise) – Grégoire Leprince-Ringuet (Christophe) – Anaïs Demoustier (Flo) – Adrien Jolivet (Gilles) - Robinson Stévenin (Le commissaire).
Auteur :

Robert Guédiguian est né à Marseille, en 1953. Fils de docker, il fait des études de sociologie. Déçu par la politique, il s’engage dans le cinéma avec sa compagne Ariane Ascaride, et son ami Gérard Meylan. Tous les deux, ainsi que Darroussin, figurent dans la plupart de ses films. Il tourne le premier, Dernier été en 1980. Puis en 1995, A la vie à la mort. En 1998, Marius et Jeannette le rend célèbre. Après d’autres films, il tourne un mélodrame, en 2002 Marie-Jo et ses deux amours. En 2004, Le promeneur du champ de mars, sur la fin de Mitterand.

Résumé :

Michel et Marie-Claire, la soixantaine heureuse, partagent leur joie de vivre avec leurs proches. Lui, militant CGT convaincu, doit organiser le licenciement de 20 ouvriers de son entreprise. Moment douloureux, qui le jette aussi dans le chômage. Un soir, deux hommes cagoulés entrent chez eux, les frappent, les attachent, leur volent leur argent, sous la menace. Ce choc violent remet en question leurs certitudes, leurs valeurs et va changer le cours de leur vie, d’une façon inattendue.

Analyse :



Marseille, le port, au milieu de ses collègues dockers, Darroussin tire au sort les noms des 20 victimes promises au licenciement, la mort dans l’âme. Par générosité, par honnêteté, il a mis son propre nom dans l’urne, contre l’avis de Raoul, son beau-frère et ami d’enfance. Il est comme ça, Michel, entier, droit. Sa femme Marie-Claire est du même tonneau. Et leur vie est belle, remplie d’émotions simples mais fortes, parmi les enfants, les petits-enfants, les amis, Denise la sœur un peu fragile de Marie-Claire, Raoul, son mari. Ils naviguent dans des eaux calmes, apaisées après une vie bien remplie. La sérénité de l’âge mûr.

Tout ce bonheur est remis en question un soir, par quelques minutes de violence qui font irruption au milieu de leur jeu de cartes. Un coup, deux cris, deux hommes cagoulés prêts à tout pour obtenir un maximum de fric. Les voleurs repartent en laissant les quatre victimes hébétées, saucissonnées sur leurs chaises pendant toute la nuit. A partir de là, le film se densifie et devient intéressant. L’image idyllique du début se fendille. Face à la crise qui secoue leur quotidien, la transparence totale des deux couples s’opacifie, le mensonge commence à les séparer, la fissure entre les générations explose en une scène superbe autour d’un tiramisu auquel personne ne touchera. Comment garder le cap quand on est confronté à des circonstances inédites où l’on se révèle tellement différent de ce que l’on croyait ? Comment ne pas culpabiliser, comment garder son image intacte, comment retrouver la paix qui a volé en éclat si brutalement ? Les personnages attendrissants, si pleins de bonnes intentions, sont attachés à des valeurs en perte de vitesse, décalés dans notre monde, si loin de leurs propres enfants… L’incompréhension, l’incompatibilité même entre les générations, sont la conclusion de ce film, même si la fin trop douce, trop optimiste, tente d’atténuer ce constat amer.

(Catherine Forné)