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Cinéma

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Les voisins de Dieu

(Israël - 2011 - 98 min.)

Réalisation : Meni Yaesh - Scénario et dialogues : Meni Yaesh.- Image : Shahak Paz - Montage : Asaf Korman - Musique : Shushan. Distribution : Sophie Dulac.
Interprétation : Roy Assaf (Avi), Gal Friedman (Kobi), Itzik Golan (Yaniv), Rotem Ziesman-Cohen (Miri)
Auteur :

Après avoir tourné en video des films sur sa ville de Bat-Yam avec des copains de quartier, Meni Yaesh entre à l’école de cinéma Minshar à Tel-Aviv. Il réalise un film de fin  d’étude, Eliko en 2008, puis, après plusieurs courts métrages, se lance dans le long avec Les voisins de Dieu. 

Résumé :

Avi, Kobi et Yaniv habitent dans la petite ville de Bat-Yam, dans les faubourgs de Tel-Aviv. Ils ont une vingtaine d’années et sont membres d’une communauté juive orthodoxe appartenant au courant religieux de Breslev. Pratiquants convaincus et zélés, ils se sont auto-investis de la mission d’imposer autour d’eux, et de manière musclée, le respect de leurs convictions. Toutefois, l’arrivée dans leur quartier de Miri d’une jeune Juive laïque, non-conformiste, rebelle et court-vêtue (quelle horreur !) va brouiller les cartes d’Avi, le chef du trio, et remettre en cause ses certitudes.

Analyse :



On aimerait parfois que Malraux se soit un peu trompé en nous prédisant un vingt et unième siècle religieux. Car on n’en sort plus. Voilà coup sur coup trois films placés sous le signe d’un religieux exclusif de tout le reste. Très différents sans doute : on peut difficilement comparer Wadjda, Syngue Sabour Pierre de patience et, aujourd’hui, Les voisins de Dieu. Mais quand même. Ils ont tous les trois la particularité de décrire des sociétés où l’on est directement et absolument branché sur le divin, où l’on bénéficie d’une sorte de ligne locale avec le ciel, quelque chose comme un téléphone rouge en somme, qui permet de recevoir cinq sur cinq les ordres impératifs venus d’en haut. Un tel privilège justifie tout. Ici la délinquance pour la bonne cause.

On est toutefois bien loin ici d’autres films dénonçant l’extrémisme d’une religion, ses conséquences et ses pratiques, je pense entre autres à Kadosh d’Amos Gitaï. Meni Yaesh n’excuse pas ses personnages, mais il les aime et s’attache à montrer que même les cactus aux épines les plus acérées peuvent produire des fleurs inattendues pour peu qu’ils reçoivent la pluie qu’obscurément ils attendent. Ce n’est pas un film sur la conversion, mais sur l’acceptation des différences, ce qui est autrement ardu. Difficilement, pas à pas, Avi et Miri avancent l’un vers l’autre, jusqu’à cette très belle scène finale du Shabbat partagé entre — pour paraphraser Aragon — celui qui croyait au ciel et celle qui n’y croyait pas. Sans doute tout cela est-il un peu cousu de fil blanc, mais c’est cousu, et solidement. Dès son premier film, Meni Yaesh s’inscrit en bonne place dans un cinéma israélien dont on sait qu’il est un des plus créatifs au monde.

(Jean Lods)