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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Margin Call

(Etats-Unis – 2011 – 1h47)

Réalisation : t scénario : J.C. Chandor – Image : Frank G. Demarco – Musique : Nathan Larson – Montage : Pete Beaudreau – Distribution France : ARP Sélection
Interprétation : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Paul Bettany, Simon Baker, Demi Moore, Stanley Tucci
Auteur :

D’origine hongroise, J.C. Chandor est né à New-York en 1975. Pendant quinze ans il a tourné des courts-métrages et des publicités. Margin Call est son premier long-métrage et a obtenu de nombreux prix internationaux. Il a été nominé pour un oscar. J.C. Chandor dit avoir été inspiré pour ce film par ce qu’il connaissait des milieux financiers dans lesquels son père a travaillé pendant plus de trente ans.

Résumé :

Dans une société type Lehman Brothers, on procède à des licenciements brutaux. L’un des cadres licenciés, immédiatement privé de son portable et de ses documents de travail, a tout de même le temps de glisser à un jeune collègue une clé USB, lui demandant de vérifier des données chiffrées qui l’inquiète. Ce dernier découvre alors que les positions engagées par la société dépassent très largement les fonds propres de la firme. Il va falloir en une nuit prendre des décisions importantes. 

Analyse :



Que l’on se rassure, même un spectateur peu au fait des fonctionnements de la finance moderne pourra suivre ce récit, centré sur la psychologie des personnages pris dans un thriller qui les dépasse et dont ils sont les rouages.  Est-ce pour aider le public à comprendre qu’à plusieurs reprises, des supérieurs hiérarchiques demandent, au jeune cadre qui a lancé l’alerte, de parler « anglais », alors qu’il discourt sur des données chiffrées assez ardues ? Ou est-ce parce que, dans cet univers, ceux qui sont aux commandes ne maîtrisent pas totalement le fonctionnement exact de la firme ? Toujours est-il que l’attention du spectateur se porte plutôt sur les réactions de plusieurs de ces cadres face à la catastrophe imminente. On les sent tellement déconnectés du réel, tellement branchés exclusivement sur « gagner plus et de plus en plus vite », que leur réflexion semble échapper à toute dimension éthique.  Certes il existe des différences entre eux. Le plus jeune, littéralement fasciné par l’argent gagné facilement, ne s’intéresse aux autres (à ses collègues, aux « hôtesses de bar », à ses relations) qu’à travers la question de leur salaire. Son supérieur hiérarchique, s’il émet d’abord des réserves sur la décision que leur propose le grand patron (tout vendre très vite dès le matin avant que ne s’ébruite leurs problèmes) et qui va casser le marché, mettre en faillite les confrères et ruiner les petits épargnants, finira tout de même par entrer dans le jeu. Le cadre licencié, qui pourrait dénoncer la manœuvre, gardera le silence moyennant monnaie sonnante et trébuchante : il vient d’acheter une belle maison et a emprunté….  Des images en plan serré montrent l’intérieur des bureaux où d’innombrables ordinateurs sont allumés, nous font cheminer le long des couloirs entre ces bureaux. Ces images contrastent avec de larges vues en plongée sur New-York et ses buildings la nuit. C’est le vertige qui est ici central, témoin ce moment où trois personnages sont sur la terrasse extérieure au sommet de l’immeuble de la firme : l’un d’eux fait semblant d’enjamber la balustrade pour se précipiter en bas, sorte de prémonition de la chute qui les attend. Dans l’ascenseur, deux cadres complotent par-dessus la tête d’une employée subalterne transportant des dossiers, comme si elle n’existait pas….. Il s’agit bien sûr pour chacun d’eux de tirer au mieux leur épingle du jeu.

Ce film fait froid dans le dos montrant des hommes complètement déshumanisés par la finance, aux antipodes de l’économie réelle. Et ce n’est pas les larmes de l’un d’eux, sur la mort de son chien,  qui pourra laisser espérer un changement du système. Film particulièrement d’actualité et formidablement bien joué.

(Maguy Chailley)